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Responsabilité sociétale des entreprises

Parce que la réussite, comme la prospérité à long terme des entreprises, passe par le bien commun et la préservation des ressources, la notion de RSE, qui regroupe l'ensemble des pratiques mises en place par les firmes dans le but de respecter les principes du développement durable, constitue un challenge entrepreneurial majeur. La CVCI a choisi d'en faire le fil rouge de son magazine en 2018. Ces articles sont en lien sous l'onglet "Témoignages" 

Qu'est-ce que la RSE

La RSE embrasse une large palette de thèmes dont les entreprises doivent tenir compte. En font notamment partie les conditions de travail (y c. la protection de la santé), les droits de l’homme, l’environnement, la prévention de la corruption, la concurrence équitable, les intérêts des consommateurs, la fiscalité et la transparence. La mise en œuvre de la RSE requiert la prise en considération des intérêts des parties prenantes (actionnaires, employés, consommateurs, communautés locales, organisations non gouvernementales).

La RSE implique de respecter les dispositions légales et les conventions entre partenaires sociaux. Il s’agit en outre de prêter attention aux attentes de la société qui peuvent aller au-delà des obligations juridiques. La Confédération attend des entreprises établies ou actives en Suisse qu’elles assument leur responsabilité, en Suisse comme à l’étranger, conformément aux normes et directives RSE internationalement reconnues.

Une mise en œuvre conséquente de la RSE apporte une importante contribution au développement durable et concourt à relever des défis de société. Elle peut simultanément avoir des effets positifs sur la compétitivité des entreprises.

En Suisse, différents termes sont utilisés pour désigner la RSE, par exemple responsabilité sociétale des entreprises (RSE), conduite responsable ou durabilité de l’entreprise.

(Source: SECO)
 

    Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales

    Les Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales de 1976 (qui ont été actualisés pour la dernière fois en 2011) constituent le code multilatéral le plus complet en matière de conduite responsable des entreprises (responsabilité sociétale des entreprises, RSE). Les États membres de l’OCDE les ont élaborés en collaboration avec des entreprises, des organisations syndicales et des organisations non gouvernementales. L’ensemble des États membres de l’OCDE et près d’une douzaine d’autres États se sont engagés sur le plan du droit international à les promouvoir. Ces principes s’adressent à toutes les entreprises actives à l’international, qu’il s’agisse de PME ou de grands groupes. Ce code de conduite non contraignant sur le plan juridique complète les réglementations en vigueur dans les États concernés et doit être appliqué partout où les entreprises déploient leurs activités.

    En 2018, l’OCDE a publié un guide qui contient des recommandations pratiques destinées aux entreprises – y compris les PME – sur l’examen de diligence dans les chaînes de valeur. 

    [Principes directeurs de l'OCDE à l'intention des entreprises]


    Position et plan d'action du Conseil fédéral

    La Suisse dispose de réseaux internationaux solides et figure parmi les économies les plus performantes du monde1. Les entrepreneurs engagés et responsables sont l’un de ses princi-paux facteurs de succès. Ces dernières années, l’interdépendance croissante à l’échelle mon-diale des entreprises et des chaînes de création de valeur a fait converger l’attention de la classe politique et de la société sur des aspects tels que les conditions de travail, l’environnement, les droits de l’homme et la corruption.

    [Position et plan d’action du Conseil fédéral]

    [Rapport du Conseil fédéral concernant l’état d’avancement de la mise en oeuvre du plan d’action]

    1 La Suisse occupe régulièrement les premiers rangs dans les classements internationaux de la compétitivité (p.ex. Global Competitiveness Index du WEF, World Competitiveness Ranking de l’IMD).


    Prévenir la corruption

    Conseils du SECO aux entreprises suisses actives à l'étranger.

    En tant que directrice/directeur ou employé(e) d’une entreprise suisse active à l’étranger, vous risquez d’être exposé(e) à des situations relevant de la corruption. La corruption n’est pas une fatalité et vous pouvez contribuer à lutter contre celle-ci en adoptant les comportements adéquats. Les éléments suivants vous permettront de résister aux situations de corruption.

    [Brochure du SECO]


    Stratégie Biodiversité Suisse

    Le 25 avril 2012, le Conseil fédéral a adopté la Stratégie Biodiversité Suisse (SBS)5 en faveur de la conservation de la diversité biologique à long terme. Il a dans le même temps chargé le DETEC d’élaborer un plan d’action pour la mise en oeuvre de la SBS.Le plan d’action pour la biodiversité comporte 26 mesures basées sur les objectifs définis dans le cadre de la SBS. Ces mesures s’appliquent à trois domaines d’action.

    [Plan d'action du Conseil fédéral]

    5 Conseil fédéral (2012). Stratégie Biodiversité Suisse du 25 avril 2012. Annexe 2. FF 2012: 7239– 7342.


    Plan d'action national sur les entreprises et les droits de l'homme

    Le plan d'action national vise à améliorer la protection des droits de l'homme dans le cadre des activités économiques. Il sert à :

    • communiquer les attentes du Conseil fédéral à l'égard des entreprises,
    • informer/sensibiliser les entreprises ; collaborer avec elles,
    • assurer une plus grande cohésion de l'action étatique.
        

    [Plan d'action national]


    Les opportunités et défis lors de la mise en oeuvre d'une stratégie de droits de l'homme

    • Développements récents au niveau international
    • Eléments du devoir de vigilance en matière de respect en matière de respect en matière de respect des droits humains 
    • Exemples pratiques 
       

    [Opportunités et défis]


    Une gestion d'entreprise responsable pour une réussite durable

    Cette brochure apporte aux dirigeants de PME un aperçu pratique des opportunités et des défis liés à une gestion d'entreprise responsable et présente les principes directeurs nationaux et internationaux applicables. Elle propose également des approches concrètes quant à l'intégration de ces principes directeurs dans la gestion de l'entreprise. 

    [Gestion d'entreprise responsable]

      Au-delà de la RSE, le "Stewardship" a de l'avenir

      La "Responsabilité sociétale des entreprises" implique la mise en œuvre de projets concrets. Demain, le "stewardship" invite à voir plus loin en misant sur la création de valeur à long terme, pour tous.

      La prise de conscience de l'impact des activités des entreprises sur la société et l'environnement est aujourd'hui réelle. En Suisse, chaque structure doit agir à son échelle pour le développement durable, et la RSE – ou "responsabilité sociétale des entreprises" – déploie des effets notables. Selon la définition donnée par le SECO, la RSE embrasse diverses problématiques : conditions de travail, droits de l'homme, environnement, prévention de la corruption, concurrence équitable, intérêts des consommateurs, fiscalité ou encore transparence. En Suisse comme à l'étranger, il s'agit bien sûr pour les entreprises de respecter les dispositions légales et les conventions entre partenaires sociaux, mais aussi, parfois, de répondre aux attentes de la société. 

      Du point de vue des affaires, la RSE impacte positivement la compétitivité et s'avère également utile aux entreprises (coûts énergétiques et des matières premières, productivité des employés, gain réputationnel, avantage concurrentiel, etc.). Si les mesures mises en œuvre relèvent le plus souvent d'une volonté de bien faire, le danger existe de les voir instrumentalisées afin de redorer une image ou "excuser" l'impact écologique de certaines activités. Pour construire l'avenir économique et social, il s'agirait donc de faire un pas supplémentaire en intégrant la philosophie du stewardship (voir encadré). C'est l'avis d'un nombre important de spécialistes, mais aussi d'acteurs du monde économique et financier.

      Repenser ce qui est profitable 

      Pour simplifier, le stewardship consiste à se demander comment faire des affaires de façon à ce que la génération suivante soit enrichie, à ce que le monde y gagne et pas seulement l'entreprise. En effet, comme il s'avère impossible de gagner à long terme en détruisant l'environnement, la question est de savoir comment assurer la création de richesse pour tous dans le long terme. Le principe n'est pas "soyons bons pour être généreux", mais "trouvons comment faire la bonne chose pour tous, parce qu'on y gagne économiquement". La RSE n'est alors plus une excuse mais une nécessité.

      Le professeur Didier Cossin, spécialiste en gouvernance et en finance, directeur du Global Board Center de l'IMD à Lausanne, croit en cette perspective. Il l'a notamment étudiée dans son livre "Inspiring Stewardship" (co-écrit avec Ong Boon Hwee, Ed. Wiley). Pour cet expert, le stewardship n'est pas seulement une philosophie, mais une évolution réelle passant par le monde du capital. "Les investisseurs ont compris que les dirigeants adoptant une vue "court terme" des profits ne mènent pas nécessairement les entreprises au succès à long terme. Pour le monde du capital, c'est devenu un problème. Beaucoup de sociétés – et pas seulement celles cotées en bourse – ont une perspective trop "court terme". Il y a donc un mouvement de fond, de la part des grands acteurs financiers, pour voir plus loin. Nous sommes presque face à un combat, théorique et pratique", précise-t-il.

      On voit ainsi aujourd'hui des codes de stewardship être mis en place en Angleterre, au Japon, aux Etats-Unis, à Singapour notamment… Et des guides officiels, souvent sponsorisés par les Banques centrales, reprennent ses principes. Au niveau du management, il s'agit d'un idéal vers lequel tendre, d'une gouvernance différente. Didier Cossin l'a étudiée : "Dans les entreprises gérées selon cet esprit, il y a plus d'innovation et pas de grandes restructurations. Les employés se révèlent plus alignés avec la direction, les valeurs de la société plus fondamentalement ancrées. Beaucoup d'entreprises intègrent depuis longtemps cette philosophie sur certaines dimensions. L'exemple le plus cité est Unilever, avec son CEO Paul Polman, clairement influencé par son engagement et ses valeurs. On peut également mentionner Nestlé. En sachant que personne n'est un saint et que chaque société peut être critiquée sur un plan ou un autre."

      En Suisse, le spécialiste remarque que certaines entreprises fonctionnent "naturellement" sur ce principe, notamment des sociétés familiales saines, sans que cela ne soit exprimé. Elles sont d'ailleurs souvent à la pointe. "Les sociétés bien "stewarded" ont généralement peu de dettes, sont assez conservatrices au niveau financier, mais innovantes au niveau technologique et social", résume Didier Cossin.

      Des acteurs à convaincre

      Aujourd'hui, les rapports de forces changent. De grands acteurs du capital voient le stewardship comme la seule manière de gagner de l'argent pour l'avenir. Sans cela, avant même d'épuiser les ressources, on épuisera la société. Des révolutions éclateront. Dans ce sens, le Brexit peut être vu comme une réaction à la richesse égoïste de Londres par rapport à la pauvreté accrue dans les provinces.

      "Croire que l'on peut "gagner" dans un environnement social malsain n'a pas de sens, analyse Didier Cossin. Aux Etats-Unis, BlackRock - la plus grande société de gestion d'actifs au monde -, déclare désormais appuyer fondamentalement le stewardship." L'ambition est d'assurer la création de valeur sur le long terme. "Ce virage-là, les dirigeants d'entreprises ne l'ont pas encore tous compris, souligne Didier Cossin. Je suis en train de créer le Stewardship Institute, ici, dans le canton, pour comprendre, expliquer les problèmes, mettre en avant ce tournant et accélérer le processus. Je pense que c'est presque gagné, la nouvelle génération étant déjà convaincue, mais on le verra à vingt-cinq ans, voire plus."

      En attendant de dire adieu à la philosophie du "greed is good" - qui promet d'opposer une résistance importante au stewardship -, la RSE nous invite déjà à avancer. La Confédération et le SECO vont ainsi poursuivre leur action de sensibilisation auprès des entreprises, en particulier des PME, notamment via les activités du Global Compact Network Switzerland. La CVCI s'intéressera cette année aux projets mis en place par certains de ses membres. Parce que les mettre en avant dans ce magazine, c'est aussi une façon d'inviter chacun à innover en la matière, pour demain.

      Fanny Oberson,"Demain" n° 1 - février 2018

       
      Aux origines du "stewardship"

      Le stewardship voit le dirigeant comme un protecteur de l'organisation. "En toile de fond, il y a des dimensions morales, philosophiques et religieuses, note Didier Cossin, professeur à l'IMD. Dans le Nouveau testament, on pense aux paraboles du bon serviteur, qui fait fructifier. Les sources philosophiques, kantiennes et hégéliennes, évoquent la capacité d'être dans le droit, de faire le juste, ce qui est bon pour l'ensemble." Notre activité devrait être bonne pour la société car c'est simplement le meilleur moyen de faire des profits à long terme

      Les greens de Bonmont seront encore plus verts
      Le Golf de Bonmont, au pied de la Dôle, vise deux certifications ISO pour renforcer son ancrage dans la responsabilité sociétale. Un investissement qui en vaut largement la chandelle.

      Évoluer dans le monde feutré du golf et du haut de gamme hôtelier n'empêche pas d'avoir des préoccupations sociales et environnementales. C'est ce que démontre le Golf & Country club de Bonmont, situé au nord-ouest de Nyon, racheté en 1978 par Henri-Ferdinand Lavanchy, fondateur d'Adecco. L'établissement, dont les activités vont du sport (golf, tennis) à l'hôtellerie (18 chambres), vise les certifications ISO 9001 (mise en place d'un système de management de la qualité) et ISO 14'001 (mise en place d'un système de management environnemental). C'est à la fin de ce mois de mars que le comité directeur saura, au terme d'une évaluation de trois jours menée par un inspecteur, si les critères voulus sont atteints ou pas. «Nous avons réussi brillamment la première phase de l'audit, en octobre dernier», se réjouit Laurent Bachelard, directeur administratif et financier du domaine de Bonmont. Il ne doute pas de l'issue favorable du processus. Bonmont entrera alors dans la phase des améliorations à réaliser, avec un suivi des procédures. Une évaluation est agendée tous les trois ans. 

      Pour l'établissement, l'obtention de ces certifications fait sens dans la mesure où un parcours de golf est directement confronté à l'environnement, à ses contraintes et à ses aléas, au niveau de l'hygiène et de la sécurité, en particulier. «Elles  nous permettent d'avoir une maîtrise de notre impact environnemental au quotidien», assure Steve Bignon, directeur d'exploitation de Bonmont. Il évoque notamment la maîtrise des produits phytosanitaires qui sont utilisés pour la préparation des terrains de golf, ainsi que celle de la consommation d'eau. «Nous disposons ici d'une source directe, qui nous appartient, poursuit-il. L'eau qui sort de notre station de pompage est utilisée pour la partie hôtel et restauration, les bâtiments, les logements. Nous servons d'ailleurs notre eau – qui est contrôlée et analysée - à nos membres et à nos clients.»

      Devenir une référence

      Pour Laurent Bachelard, le choix des normes ISO 9001 et 14'001 est d'autant plus approprié qu'à sa connaissance, peu de terrains de golf sont certifiés dans notre pays. «Cela nous permet de nous mettre davantage en avant que d'autres établissements golfiques. Notre but consiste à faire venir des clients pour jouer au golf, pour des séminaires, pour des séjours hôteliers. Ces normes constituent pour nous un argument marketing. Notre comité directeur ambitionne de faire de Bonmont le resort de référence entre Lausanne et Genève.» Le golf est ouvert presque toute l'année, car le terrain est très bien drainé naturellement. L'hôtel ferme deux mois du 20 décembre et le 20 février, ce qui permet aux employés de prendre leurs vacances. L'hôtel rouvre le temps du Salon international de la haute horlogerie (SIHH) de Genève. 

      Les démarches entreprises en vue d'obtenir ces deux certifications ISO ont donné l'occasion au Golf & Country club de Bonmont, qui emploie une soixantaine de collaborateurs, de revoir son organisation interne. «Cela nous permet d'avoir une ligne de conduite unique, régie par un règlement, relève Steve Bignon. Un nouveau collaborateur va voir ainsi pouvoir prendre connaissance tout de suite des procédures existantes. Cela contribue à unifier le travail. Avec notre charte d'entreprise, les employés peuvent mieux s'identifier aux membres, lesquels aiment être servis et respectés. Nous disposons ainsi d'une ligne de conduite qui correspond à l'image qu'on veut donner de Bonmont.»

      Pour les dirigeants du domaine, la création d'un organigramme précis et la mise en place d'un système de documentation informatisé vont devenir de précieux outils d'aide au travail: «Chaque employé aura ainsi une vision de ce qu'on attend de lui, au point de vue hiérarchique et transversal, plaide Steve Bignon. Toutes ces bonnes pratiques écologiques et d'hygiène sont des outils qu'ils pourront utiliser  toute leur vie, même s'ils ne restent pas dans l'entreprise. C'est un cercle vertueux: lorsque toutes ces procédures seront admises et validées, ce sera le début d'un travail organisé, cohérent et de qualité.» Le comité directeur a fixé dès le début une vision et une mission, qui ont permis de définir les objectifs à atteindre en commun. Et l'esprit d'équipe «s'en trouvera renforcé», ajoute Laurent Bachelard.  

      Audit complet

      Les préoccupations environnementales du comité directeur du Golf & Country club de Bonmont ne datent pas d'hier. En 2013, déjà, il a signé sous l'égide de l'organisation faîtière des hôteliers vaudois une convention d'objectifs dans le but de récupérer la taxe CO2 en s'engageant à réduire sa consommation de combustibles. Cette démarche lui a permis de faire un audit complet du domaine, de fixer des objectifs (passage à un éclairage au LED, maîtrise de  l'ensemble des pompes à chaleur, installations frigorifiques) et lui a fourni des pistes pour réaliser des économies d'énergie. «Cela nous permet d'être en phase avec la norme ISO 14'001», note Laurent Bachelard.

      La démarche de certification entreprise par le domaine de Bonmont représente une charge financière non négligeable. À en croire la direction, les audits ne sont pas onéreux en soi; ce sont plutôt les pistes proposées qui induisent des investissements auxquels le comité de direction décide ou non de procéder. Mais le jeu en vaut la chandelle, «car à moyen terme, il y a un retour sur investissement», assurent les deux directeurs d'une même voix. Au chapitre de l'architecture et du patrimoine, il existe des contraintes légales, car certains bâtiments de Bonmont sont classés en site historique. «Il y a donc des choses que l'on ne peut pas faire à l'extérieur, note le directeur administratif et financier du domaine. Nous avons cependant d'excellentes relations avec le canton, et nous trouvons toujours des solutions.» 

      Aux yeux de Laurent Bachelard, enfin, «il peut paraître surprenant qu'un golf veuille se certifier. Mais lorsque l'on voit ce que l'on a mis en place, tout le travail qui est derrière, nous ne pouvons qu'inciter toute entreprise à s'engager dans un tel processus. C'est un plus vis-à-vis de l'extérieur mais aussi et surtout au niveau de l'organisation interne.» Un processus énergivore, mais salutaire» conclut Steve Bignon. 

      Jean-François Krähenbühl, "Demain" n° 2 - mars 2018

      www.bonmont.com 

      Le développement durable nous appartient
      "Transformer notre monde", voilà le challenge ambitieux du programme de développement durable des Nations Unies. La Suisse, mais aussi ses entreprises, doivent contribuer à la réalisation de 17 objectifs sur le plan économique, social et environnemental. Mais comment s'approprier concrètement l'Agenda 2030 ? Bobst Group SA a relevé le défi.  

      Le développement durable ne devait pas rester uniquement un concept. Parce qu'il en allait de la survie de la planète, les 193 Etats membres de l'ONU se sont dotés, en septembre 2015, d'un plan d'action : l'Agenda 2030. Ce dernier fixe 17 objectifs de développement durable (ODD), que la Suisse s'engage à atteindre. A travers sa Stratégie pour le développement durable 2016-2019, elle définit les priorités politiques, les objectifs et diverses mesures à moyen terme. Bien sûr, face à l'importance des enjeux, l'implication des cantons et des communes s'avère essentielle, comme celle des acteurs privés. Mais comment mettre en œuvre un tel Agenda, allant de l'élimination de la pauvreté à la préservation des écosystèmes ?

      Le rôle-clé des entreprises

      Réduire les émissions de CO2, promouvoir l'égalité hommes-femmes ou encore boucler le cycle de vie des matériaux implique évidemment une prise de conscience et une volonté d'action des entreprises. Ces dernières sont déjà nombreuses à mettre en place des mesures d'amélioration et à réfléchir à leur impact. Un plan tel que l'Agenda 2030 peut-il être un guide pour celles qui souhaitent avancer sur le chemin du développement durable? Et si oui, de quelle manière? L'exemple de Bobst Group SA permet de répondre concrètement à cette question. Le groupe vient en effet de publier son "Rapport sur le développement durable 2017 – Pour les futures générations", élaboré autour des ODD de l'Agenda 2030.

      Bobst - fournisseur mondial d'équipements et de services destinés aux fabricants d'emballages et d’étiquettes - intègre depuis longtemps le développement durable à sa stratégie. Depuis 2000, le groupe publie un rapport annuel sur le développement durable, livrant des informations sur ses filiales à travers le monde. Selon Yvan Rey, responsable EHS du groupe (Environnement, Hygiène et Sécurité), l'Agenda 2030 a été particulièrement utile pour mieux cadrer les actions et les communiquer. "Depuis 2016, un travail important a été fait. Jean-Pascal Bobst a demandé à toutes ses entités légales de contribuer à des objectifs clairement définis, notamment en augmentant l'offre de produits "verts" ou éco-designés." Les 17 objectifs de l'ONU leur ont donc en quelque sorte servi de fil rouge : "Nous nous les sommes appropriés, résume Yvan Rey. En fonction de ce qui est fait dans chaque société du groupe, nous complétons les rubriques de l'Agenda 2030. En 2016, nous avons couvert les 17 ODD. Ces derniers nous ont permis de structurer les messages, de les rendre plus visibles, vivants et de démontrer à tous le nombre impressionnant de projets aussi bien environnemental, qu’humanitaire ou technologique. C'était un premier essai. Suite à ce rapport, Monsieur Bobst a reprécisé les objectifs et, en 2017, nous avons sélectionné les objectifs pertinents à notre industrie. Il s'agit de rester dans du concret, des actions réalisées, et non de tomber dans du "green washing", tout en responsabilisant le management local. Nous avons une approche pragmatique et liée aux résultats concrets." 

      Un Agenda pour des actions concrètes

      Pour progresser dans la voie du développement durable, la volonté et l'implication du management se révèlent essentielle, comme celle des secteurs de R&D. Aussi petite soit une entité, toute action a un impact à son échelle. Dans le canton de Vaud, ces cinq dernières années, Bobst a ainsi investi dans une importante installation photovoltaïque. "Nous avons plus de 6300 m2 de panneaux solaires sur les toitures du site de Mex, précise Yvan Rey. Participer à l'effort collectif était une volonté de l'entreprise. Actuellement, nous sommes en pleine réfection de nos bâtiments. Nous avons une convention d'objectifs avec l'AEnEC (Agence de l'énergie pour l'économie), notamment concernant la réduction des émissions de CO2 fortement liées au chauffage. Cet outil aussi fait avancer les choses. Et en 2017, après quelques années de négociations, ce même site a été raccordé au réseau TL urbain."

      Au niveau politique, le message est clair : commune, canton, PME ou grande entreprise, chacun peut œuvrer pour les ODD. Cela se révèle profitable à plusieurs niveaux. A l'heure où l'énergie coûte cher, créer et vendre des produits moins énergivores devient un argument de vente. Le marketing des produits se fait non seulement sur la base de leur performance et de leur caractère novateur, mais aussi sur leur empreinte. Etre dynamique et communiquer efficacement autour de ces problématiques s'avère un atout concurrentiel. "Les améliorations techniques permettent de réaliser plusieurs objectifs, résume Yvan Rey. La performance est recherchée, mais nous pouvons être encore plus performants en faisant des économies et en réduisant notre impact. Nous travaillons sur les produits, par exemple à travers les économies sur les consommables et la gâche, grâce aux encres flexo à large spectre. Nous veillons aux installations, avec la réfection des façades ou encore un nouveau site éco-responsable en Italie. Nous envisageons enfin l'environnement social et le bien-être des collaborateurs via différents programmes, notamment en Inde et en Chine. Ainsi, au Brésil, nous nous investissons dans la formation des jeunes et la recherche d'emploi."

      Depuis deux ans, Bobst Group SA a pu mesurer l'intérêt de structurer ses actions et de les communiquer autour des 17 ODD de l'ONU. Ce travail lui a permis d'échanger plus efficacement et de faire profiter l'ensemble du groupe des idées implémentées dans l'une ou l'autre de ses antennes. Les entreprises qui ne sont pas de grandes multinationales ne peuvent pas compter sur une structure corporate au niveau EHS et RSE. Dans leur cas, se baser sur l'articulation des ODD afin de recenser, organiser et développer des actions en matière de développement durable se révèle donc payant, pour leur propre pérennité comme pour le monde bien sûr. 

      Fanny Oberson,"Demain" n° 3 - Avril 2018


      L'Agenda 2030 en Suisse

      Pour que notre pays relève les défis du développement durable, la Confédération a mis en place la plateforme d'échange Dialogue 2030. Des acteurs de l'administration, de la politique, de la société civile, de l'économie et de la recherche ont travaillé ensemble pour imaginer des actions. Des multinationales, mais aussi economiesuisse, ont été invités à participer à ces réflexions. Dans le courant de cette année, un rapport du Conseil fédéral établira notamment le degré de réalisation des objectifs et les suites à envisager.

      Pour plus d'infos sur l'Agenda 2030

      Un label pour (ré)concilier économie et développement durable
      Fondateur de l’antenne suisse du réseau de certification éthique B Lab, Jonathan Normand prône l'économie inclusive à travers le label B Corp, qui permet d'identifier les sociétés socialement et écologiquement responsables.

      Mathématicien de formation, spécialiste en informatique, puis actif dans le secteur de la finance, Jonathan Normand (42 ans) avait le profil du chantre du capitalisme triomphant. La crise financière de 2008 lui a ouvert les yeux : «Je travaillais à l'époque dans le milieu bancaire, où l'on percevait les premiers signes de la crise à venir», explique-t-il. Voyant le système financier mondial vaciller, il a alors senti le besoin de donner du sens à son travail : «Nous sommes la première civilisation à détruire notre capital naturel ! Du point de vue sociologique, comment faire face à cela ? Comment trouver des acteurs qui veulent réduire l'impact au niveau de l'homme et de l'environnement, voire qui régénèrent le capital naturel ? Je me suis dit qu'il fallait que j'utilise mon expertise pour faire quelque chose qui soit en résonance avec les attentes des générations futures.» Le «capitalisme conscient» qu'il prône consiste à utiliser la force de l'économie en lui ajoutant un impact social et environnemental : «Il faut que ce soit bon pour l'homme et bon pour la planète.»

      Rapidement, il identifie la marche à suivre  : créer un nouveau secteur économique qui réconcilie profits et impacts positifs. Son idée : valoriser les entreprises qui font des choses bien de manière avérée, leur donner tout le rayonnement et la visibilité qu'elles méritent. Il se lance et commence à aider des entreprises à se structurer dans une démarche de bonne gouvernance et de responsabilité sociale. Avec son background technique, il développe une approche pragmatique qui résonne auprès des entrepreneurs. «Avec les normes éthiques que nous avons développées et une quinzaine de consultants, des grands mandats, ça fonctionnait.»

      Toutefois, à un moment donné, Jonathan Normand se demande comment cette démarche pourrait avoir davantage d'impact. Il s'intéresse alors à l'ONG internationale B Lab, qui décerne la certification B Corp, l'une des plus exigeantes en matière de durabilité. Il prend contact avec l'institution et lui présente la norme qu'il a développée. Il collabore avec l'ONG qu'il finit par représenter dès 2014 en Europe. Puis, l'an dernier, il fonde une antenne B Lab en Suisse. Le mouvement est lancé, et l'intérêt grandit auprès des différents acteurs de l'économie. «Si je jette un regard sur les dix dernières années, je constate qu'il existe actuellement un momentum, dit-il. On sent que les choses ont changé, qu'il existe une vraie perception à tous les niveaux. C'est motivant.»

      La certification B Corp se fait sur une base volontaire grâce à un outil d'évaluation utilisé aujourd'hui par près de 80'000 entreprises dans le monde. «Notre mission d'utilité publique est de mettre cet outil gratuitement à disposition, explique Jonathan Normand. L'entreprise peut l'utiliser comme un petit outil de management.» Celles qui s'auto-évaluent et qui obtiennent un score minimum de 80 points sur 200 sont éligibles pour obtenir la certification B Corp. Le processus s'engage avec audit et analyse, sur la base de 180 questions. L'entreprise est évaluée sur sa gouvernance, sur les collaborateurs, sur l'environnement et sur son modèle d'affaires. «Nous ne sommes pas des juges, précise-t-il. Nous évaluons, nous certifions et nous valorisons les entreprises, lesquelles font le job ! Elles mesurent de manière aussi rigoureuse leur gestion financière que leur impact environnemental et sociétal.» 

      La certification est payante, c'est ainsi que B Lab se finance. «Avec les algorithmes qu'on a développés et nos processus de vérification, on arrive à proposer un produit accessible à tous», assure le Genevois. Une PME réalisant un chiffre d'affaires de 500'000 francs par an paiera 1000 francs par année dès le moment où elle est certifiée, puis elle sera revérifiée tous les 18 mois. Près de 65 % des entreprises labellisées sont des PME de 5 à 15 employés. La certification B Corp  comprend un aspect légal : les entreprises doivent modifier leur statut juridique pour y insérer le souhait d'avoir un impact positif matériel sur la société et l'environnement dans la conduite de leurs activités. Ce statut incite à un dialogue avec les investisseurs et les propriétaires, car ce changement est soumis à l'assemblée générale des actionnaires. Le label peut être retiré si le nombre de points requis n'est pas maintenu, ou si les changements de statuts sont trop tardifs. B Lab n'a recensé aucun retrait à ce jour. 

      L'outil est reconnu nationalement et internationalement, et référencé en Suisse par la Confédération, le Seco et le portail PME. En Suisse, 1450 entreprises l'utilisent, dont environ 260 dans le canton de Vaud, et plus de 400 dans celui de Genève. Patagonia, firme californienne de vêtements de sports et le fabricant de glaces Ben & Jerry's figurent parmi les sociétés certifiées. Connues mondialement, elles peuvent en inciter d'autres à franchir le pas. «Cela montre que le label s'adresse à tout le monde, renchérit Jonathan Normand. Cela dit, Patagonia était B Corp dans son ADN avant de l'être en vrai. Pour Yvon Chouinard, son patron, la certification B Corp constitue aussi un moyen de protéger sa mission d'entrepreneur lorsqu'il quittera le navire.»
       
      Dans le fond, quel est l'intérêt d'une entreprise à se certifier ? Par conviction, dans un souci de promotion marketing ? «Pour la très grande majorité, c'est une question de conviction, assure le directeur de B Lab Suisse. Les entrepreneurs se rendent compte que les nouvelles générations posent des questions sur le développement durable. Cela devient un moyen de se rendre attractif.» Pour lui, obtenir une telle certification relève aujourd'hui de l'évidence : «Dans le monde où l'on vit, dans lequel il existe des questionnements majeurs sur le rôle de l'entreprise par rapport à l'impact sociétal et environnemental, je ne vois pas comment on peut passer à côté de cela.»

      À l'heure de conclure, Jonathan Normand constate que si les PME ne sont pas très au clair sur les concepts de développement durable et de responsabilité sociétale, elles font beaucoup de choses spontanément : «Les PME font souvent du développement durable de façon très pragmatique et innée; quand on les évalue, elles se rendent compte qu'elles en font ! Simplement, il faut qu'elles le fassent de façon mesurée et structurée. Elles auront alors tout à gagner en termes de compétitivité, de croissance et de reconnaissance. Il faut passer à l'action ! La certification, c'est un aboutissement.» 

      Jean-François Krähenbühl, "Demain" n° 4 - Mai 2018

      www.bcorp-switzerland.ch 

      «Une vision d'ensemble sur la gouvernance et l'environnement»

      Olivier Ferrari dirige la société CONINCO Explorers in finance SA, spécialisée dans le conseil aux investisseurs institutionnels, la gestion et la finance responsable, à Vevey. Partisan d'un développement économique durable, il l'a récemment fait certifier. «B Corp a l'avantage d'offrir une vision d'ensemble sur la gouvernance et l'environnement. C'est une sorte de carte routière qui permet de se positionner et de voir où l'on peut s'améliorer.» Ce label l'a fait entrer «dans une communauté qui va mettre en œuvre de bonnes pratiques en lien avec l'économie réelle». C'est pour lui, et de loin, le meilleur outil du genre sur le marché.
       

      Les droits humains au cœur des entreprises
      Contribuer au respect des droits de l’homme est l’affaire de tous, y compris des entreprises. Elles sont nombreuses à intégrer cette dimension de façon proactive, notamment à travers leur chaîne de valeur.

      Il serait erroné de penser que les entreprises se soucient avec légèreté des droits de l’homme. Nombre d’entre elles ont mis en place des chartes éthiques de conduite et ont adapté leurs processus afin de répondre aux exigences de diverses certifications (ISO 9001 et 14001, SA 8000, BSCI…). En effet, choisir de mettre en place une politique de diligence raisonnable fait sens en termes de responsabilité sociale comme au niveau commercial. Dans le domaine des marchés publics notamment, les attentes en la matière augmentent sans cesse, être certifié devenant une condition sine qua non pour passer la barre des sélections.

      Les multinationales ont pris la mesure des risques qu’elles encourent à ne pas s’attacher au respect des droits humains. Du point de vue juridique bien sûr, mais aussi éthique et social, elles ont saisi les enjeux - sans parler des risques et conséquences d’un éventuel dégât d’image. En passant par divers audits, les grands groupes ont donc développé des réglementations et processus à leur hauteur.

      Vers une diligence raisonnable

      Du côté de l’Union européenne, de l’OCDE et de certains états, des règles ont participé à encourager cette tendance. Les Principes directeurs de l’ONU relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme sont ainsi une base constructive et reconnue. Quant aux sociétés du secteur privé, elles ont apporté leur pierre à l’édifice en établissant leurs propres codes de conduite. Les PME aussi, à leur niveau et selon leurs moyens, mettent en place des procédures de diligence raisonnable, par rapport à leurs sous-traitants entre autres.

      Pour les entreprises suisses, la volonté d’agir et de protéger les droits humains n’est donc pas uniquement « théorique ». Depuis des années, certaines se montrent même particulièrement proactives dans notre canton. Importexa SA, notamment, illustre le caractère concret des actions menées au niveau suisse comme international. « En 2005, nous avons été la deuxième entreprise labellisée Max Havelaar en Suisse, après Switcher », se souvient Philippe Cloux, Président d’Importexa, dont le siège est à Lutry. Ce label, aujourd’hui bien connu, certifie que les produits ont été cultivés et transformés de manière durable mais aussi équitable.

      Pour Philippe Cloux, à l’époque déjà, cette démarche relevait de l’évidence et correspondait à sa vision de la responsabilité sociale de l’entreprise. « Au niveau européen, les réglementations sont assez strictes en matière de RSE et cela facilite les choses. Nous avons ainsi mis en place une politique salariale 100 % égalitaire entre hommes et femmes, mais aussi d’autres démarches, au niveau énergétique et des ressources humaines. » A l’international, il défend la même exigence : « Je veux faire du business le plus proprement possible, tant au niveau social qu’environnemental. Quand on est une PME, il faut démarrer par une charte ou un code de conduite, puis l’appliquer en mettant des procédures en place. Cela ne doit pas se résumer à un outil marketing. » 

      Se faire accompagner pour être certifié

      Au niveau social, une fois les normes de l’Organisation internationale du Travail (OIT) assurées, les entreprises sont encouragées à aller plus loin en se soumettant à des certifications plus pointues. De nombreuses sociétés se sont donc spécialisées dans l’accompagnement du développement durable. Alors que les Hautes écoles ont développé des chairs spécialisées dans le domaine. Toutes « vendent » leur accompagnement aux entreprises qui souhaitent entreprendre des démarches certifiantes.

      Une société comme Importexa - avec des usines au Portugal, en Tunisie, en Turquie, en Inde et en Chine -, a entre autres choisi de passer par Max Havelaar et les certifications ISO, dont le récent label « Entreprise citoyenne ». Ce dernier envisage l’impact et les investissements réalisés dans des organismes régionaux. La maîtrise de la supply chain étant de plus en plus « exigée » au niveau des appels d’offres, plus de 80 % des partenaires de l’entreprise sont aujourd’hui aussi labellisés Flo-Cert, SA8000 et BSCI. 

      Des engagements par secteur

      Ces dernières années, outre les chartes établies par les entreprises, des codes de conduite sectoriels sont apparus, ou encore des directives d’achat à l’échelle de grands groupes. Ces outils pertinents ont également déployé des effets concrets. Sans passer par des législations lourdes et contraignantes, selon les problématiques, des conditions-cadres progressistes ont été établies par secteur d’activité, par région et par pays.

      Des exemples de partenariats public-privé apportent ainsi des solutions pour établir des filières de matières premières dites « propres ». Dans le secteur du textile, Philippe Cloux a vu les choses évoluer ces dernières années : « Nous vivons une première phase dans le développement durable, faite de certifications et de labels, mais ce n’est qu’une étape. La suivante passera par la transparence et l’open book. Beaucoup de filières se révèlent opaques, ce qui n’est plus acceptable. Certains secteurs ont déjà mis en place des législations, au niveau de l’écologie, de la protection des hommes et des animaux. Ainsi, dans le domaine du cuir et des peaux rares, un organisme contrôlant a été créé par de grandes marques pour toutes les provenances de leurs marchandises. L’objectif est de maîtriser la filière de bout en bout, afin d’éviter tout problème de braconnage, de revente ou de fraude. ». 

      Vers une meilleure traçabilité

      Les labels en tant que tels ont évidemment leurs limites. Dans certains pays, où les pots de vin ne sont pas rares, de faux certificats peuvent parfois être produits. Néanmoins, les certifications et le passage par des audits réguliers font progresser le développement durable comme les conditions de travail. Quant aux entreprises, via les normes qu’elles s’engagent à respecter, elles contribuent à rendre concrets les effets de ces labels.

      La notion de transparence et de traçabilité totale – ou open book - sera peut-être l’étape suivante. Expliquer le coût d’un produit à travers toute l’histoire de sa production, et rendre son prix « compréhensible » pour l’acheteur, aurait le mérite d’encourager les achats responsables. Cette traçabilité, chaque jour facilitée par la numérisation, deviendra sans doute une exigence pour les « consomm’acteurs ». Ces derniers, comme les entreprises, sont en effet toujours plus nombreux à vouloir contribuer au développement d’un monde durable. Leurs efforts méritent d’être salués, et bien sûr poursuivis.

      Fanny Oberson , "Demain" n° 05, Juin 2018
       

      «La RSE est naturelle chez les jeunes entrepreneurs»
      Directeur de Genilem Vaud-Genève depuis ce printemps, David Narr constate que la génération des patrons qui arrive sur le marché a déjà intégré la notion de responsabilité sociétale des entreprises.

      Prendre en compte les enjeux environnementaux, sociaux et éthiques dans ses activités professionnelles n'a rien de révolutionnaire pour les jeunes entrepreneurs, à en croire David Narr (41 ans), directeur de Genilem Vaud-Genève. Pour lui, le concept de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) fait déjà partie de l'ADN des startuppers. «Être dans un politique RSE, pour moi, ce n’est plus innovant. C'est devenu une généralité, c'est le minimum, assure celui qui a pris ses fonctions en mars dernier (voir encadré). Tous nos porteurs de projet ont intégré la RSE dans leurs produits et dans leur façon de faire. Dans la transparence, l'éthique et l'équité. C'est naturel chez les jeunes et, de toute manière, c'est demandé par le marché. On ne peut plus la mettre en avant, c'est intégré.»

      David Narr rappelle que ce concept représentait déjà quelque chose de fort pour Armand Lombard, fondateur de Genilem en 1995. «En ce sens, poursuit-il, Genilem a innové, car la responsabilité sociétale n'était pas dans l'air du temps à l'époque. Tout cela s'est fait naturellement chez nous.» Quoi qu'on en dise, la RSE reste à géométrie variable chez quelques dirigeants de jeunes pousses. David Narr évoque l'exemple d'une société qui commercialise des snacks à base de noisettes et d'amandes. L'emballage est en PET, un matériau qui n'est pas des plus écologiques. Genilem l'a rendue attentive à ce fait et lui a suggéré de plancher sur une autre solution plus durable; mais la demande venait aussi de ses clients. Le nouveau directeur assure qu'il est, en outre, possible d'avoir de l'impact sur les fournisseurs. Et de citer l'exemple de Benjie, fabricant helvétique de chaussures pour enfants, qui produit au Portugal parce qu'en Suisse, on ne dispose plus du savoir-faire. «Ils connaissent leurs fournisseurs, savent d'où vient le cuir. La production ne se fait certes pas ici, mais dans un pays somme toute assez proche, et facile à contrôler.»

      La RSE relève-t-elle d'une vraie conviction ou n'est-elle, pour certains, qu'un outil marketing dans la mesure où l'on ne peut plus faire sans aujourd'hui ? David Narr assure que c'est, pour la plupart des entrepreneurs, une question de conviction. «Les jeunes qui achèvent leurs études maintenant sont très concernés par cette dimension. Une start-up va toucher des gens particulièrement attentifs au progrès, à l'innovation et à l'impact environnemental. Nous voulons des entreprises viables et responsables. Pour la nouvelle génération, par exemple, payer une femme moins qu'un homme n'est même pas un sujet.» Et que penser des sociétés qui se labellisent BCorp, par exemple ? Au-delà des questions d'image, David Narr est d'avis que cette démarche consiste, pour la grande majorité des entrepreneurs, à montrer que les sociétés fonctionnent bien, que leur approche est sérieuse, dans le but de rassurer les clients et les partenaires: «Par ailleurs, une labellisation permet de changer les pratiques, et oblige à se transformer, à améliorer ce qui peut l'être», estime-t-il.

      Dans ce contexte empreint de responsabilité, on parle désormais de capitalisme «conscient». Une formule gagnante ? Pour le directeur de Genilem Vaud-Genève, il y a encore du travail: «Un mouvement a été initié, et nous verrons bien où cela nous mène. Je crois qu'une croissance qualitative et respectueuse de l'environnement est possible. Les fonds d'investissements durables connaissent de bons rendements. Cela montre que la RSE n'est pas un phénomène de mode. Nous allons dans la bonne direction, mais est-ce assez rapide ? Je l'ignore.»

      David Narr se réjouit de constater que la nouvelle génération d'entrepreneurs a intégré toute cette dimension sociétale, mais il est conscient que l'effort doit être poursuivi à maints égards: «Il n'y a pas que les porteurs de projets et les créateurs d'entreprises, ceux qui achètent doivent également être attentifs. Nous sommes tous acteurs», conclut-il.

      Jean-François Krähenbühl, "Demain" n° 7, Septembre 2018

      www.genilem.ch


      Vers une meilleure intégration des alumnis

      David Narr (41 ans) a pris la direction de l'association Genilem Vaud-Genève le 15 mars dernier. Diplômé de la Faculté des HEC de l'Université de Lausanne, il a commencé sa carrière professionnelle en créant sa propre entreprise, qui a été rachetée en 2003 par une agence de communication. Il en a par la suite assuré la direction opérationnelle, avant de rejoindre Genilem en juin 2010.

      Qu'est-ce qui vous a poussé à présenter votre candidature ?
      Un processus de sélection complet a été mis en place, avec candidatures externes et assesment. Ce qui m'a motivé ? C'est tout d'abord l'équipe. Et puis je vois bien ce que l'on peut faire avec Genilem, vu les contacts que j'ai noués avec l'écosystème des start-up depuis huit ans.

      Votre action s'inscrira-t-elle dans la continuité, dans la rupture ?
      Je vois une continuité, avec une évolution. Le métier que l'on fait et les gens qui l'exercent sont en place et le font bien. L'aide aux start-up est toujours nécessaire. Je vois deux axes principaux à renforcer: tout d'abord, nous devons redéfinir l'offre aux parrains, leur amener de la valeur parce qu'ils sont les financiers. Ensuite, et c'est extrêmement important à mes yeux, je vais faire en sorte de mieux intégrer nos alumnis. Plus de 240 entreprises ont été accompagnées par Genilem sur Vaud et Genève, dans tous les secteurs d'activité. Actuellement, nous les utilisons peu, et j'ai envie de les intégrer davantage, car c'est une valeur énorme et unique. Cela leur permettra de rendre ce qu'elles ont reçu, sous forme de mentorat, de parrainage. Elles sont dans la notion de RSE: partage et aide. En outre, je souhaite développer la communication digitale.

      Vous travaillez chez Genilem depuis 2010. Le visage de l'innovation a-t-il beaucoup changé depuis lors ?
      Non, pas dans la vision de Genilem, qui consiste à faire les choses autrement. L'innovation technologique se poursuit. Mais il y aura toujours des gens avec cette étincelle qui les pousse à proposer une solution différente, avec enthousiasme. C'est extrêmement stimulant pour nous.»


      Genilem, c'est quoi ?

      Genilem Vaud-Genève est association sans but lucratif qui a pour objectif d'accompagner ou d'aider des entreprises innovantes à se lancer. Créée en 1995, elle est soutenue par les promotions économiques de Vaud et Genève, et des institutions comme la CVCI, la CCIG, la BCV et une vingtaine de parrains privés, comme Ferring ou encore Procter & Gamble. Ce financement permet de proposer des prestations gratuites aux bénéficiaires. Genilem offre du coaching, une mise en relation avec ses parrains et partenaires, ainsi que des formations spécifiques. «Nous croyons beaucoup en la force du leader et du porteur de projet, car c'est lui qui va transformer une idée en projet viable et responsable», explique David Narr.

      Le plastique, notre meilleur ennemi ?
      Quand on veut inscrire ses activités dans une stratégie de développement durable, on est amené à repenser sa consommation énergétique, son empreinte carbone par exemple. La pollution plastique devrait également être considérée, en ayant conscience des problèmes posés par le long « cycle de vie » de ce matériau.

      La question de la pollution plastique ne semble peut-être pas aussi cruciale en Suisse et dans le canton Vaud qu’en Indonésie. Pourtant, elle se pose aussi. Les solutions apportées localement peuvent avoir un impact dans ce monde globalisé, et les bases d'une économie circulaire peuvent naître ici. En effet, l’objectif du développement durable est toujours plus central, y compris au niveau des acteurs financiers. Le groupe Mirabaud est à ce titre un exemple parlant. « Nous nous engageons depuis longtemps en faveur d’une gestion responsable et durable, souligne Nicolas Sioné, Chief Marketing Officer au sein de Mirabaud Asset Management, à Genève. Aujourd’hui, elle fait partie intégrante des solutions d’investissement proposées à nos clients, ces derniers étant de plus sensibles à cette dimension. » La tendance se généralise et la notion d’investissement durable est devenue davantage qu’un concept. Les « Principes des Nations Unies en faveur de l’investissement responsable » comptent ainsi de nombreux signataires qui, à leur niveau, intègrent la durabilité dans leur stratégie de développement.

      Les entreprises, des acteurs d’influence

      Quantis, entreprise spécialisée de conseil dont le siège est à Lausanne, aide de nombreuses sociétés à mesurer, comprendre et gérer l’impact environnemental de leurs activités comme de leurs produits. Plutôt que de mettre en place des solutions simplistes à l’efficacité douteuse, il en effet crucial de cerner précisément la nature et l’ampleur des problèmes à régler,  selon ses activités. Les experts de Quantis se sont notamment posés la question du plastique et de la problématique de son cycle de vie.

      S’agissant de son empreinte, il manquait des chiffres et analyses scientifiques pour en cerner l’importance. En effet, si ce matériau possède de fantastiques propriétés d’un point de vue industriel – léger, malléable, résistant, peu cher… - il a été victime de son succès, de sa surproduction et de sa gestion (ou non-gestion). « Dans le monde, 335 millions de tonnes de plastique sont produites par an, relève Grégory Simonnin, Senior Sustainability Consultant chez Quantis, à Lausanne. A partir de ce constat, il faut se demander quel pourcentage de ce matériau est mal géré et finit dans la nature. En fait, globalement, 3% fuit dans l’environnement. Mais la problématique s’avère très différente selon les zones géographiques. En Suisse, on mesure environ 0,3% de fuite dans l’environnement, alors que dans certains pays, comme l’Indonésie, on atteint les 30%. »

      De telles disparités impliquent, localement, des réponses différentes au problème, mais aussi des engagements internationaux. Les plastiques qui fuitent dans la nature relèvent de trois sources principales : les déchets mal gérés, les pertes de matériel de pêche (filets fantômes, etc.) et les microplastiques primaires (micro-billes, filaments, adhésion des pneus sur les routes, textiles synthétiques dont les composants se retrouvent dans l’eau à chaque lavage). En Suisse et dans les pays industrialisés, quelle est donc la première source de pollution plastique ? « On le sait, la Suisse est un bon élève du point de vue de la gestion des déchets. Donc, le 0,3 % de fuite estimé ici est constitué principalement de micro-plastiques », explique Gregory Simonnin. Un chiffre dont les conséquences ne sont pas à sous-estimer, puisque ces composants chimiques intègrent le vivant, de la faune à l'homme.

      Une stratégie européenne

      Pour réduire, avec des solutions adaptées, les fuites dans l’environnement, l’Union européenne a mis en place en janvier 2018 une « Stratégie européenne sur les matières plastiques ». Cette dernière s’inscrit dans le cadre de la transition vers une économie plus circulaire. L’objectif affiché : protéger l’environnement de la pollution par les plastiques tout en favorisant la croissance et l’innovation. Tous les emballages en plastique sur le marché de l'UE devraient ainsi être recyclables d'ici à 2030, alors que la consommation de plastiques à usage unique sera réduite, et l'utilisation intentionnelle de microplastiques limitée. L’inscription de cette stratégie dans la transition vers une économie circulaire signifie aussi rendre le recyclage rentable pour les entreprises et stimuler les investissements comme l’innovation. Il s’agit d’une contribution concrète à la réalisation des objectifs européens de développement durables pour 2030 (ODD). L'UE a déjà fixé des exigences pour que les états membres réduisent la consommation de sacs en plastique et de déchets marins. La Suisse s'y engage aussi. À long terme, c’est le développement d'une industrie du plastique circulaire innovante, à l'échelle mondiale, qui est projetée.

      Une sensibilisation efficace

      « Les autorités peuvent agir, comme elles l’ont déjà fait, en interdisant la vente de produits à usage unique ou via des taxes, note Carole Dubois, Senior Sustainability Consultant qui a étudié cette question chez Quantis. Mais la prise de conscience passe aussi par la société civile qui se positionne de plus en plus clairement. Dans la région, on pense à des initiatives comme le « grand nettoyage du lac » par exemple. Les consommateurs ont également un impact puisqu’ils créent la demande. Et les citoyens, à travers leurs votes, peuvent influencer les choix industriels à venir. » La solution selon ces experts : travailler avec les différents acteurs de la chaine de valeurs du plastique, de façon à réduire son impact.

      Que l’on réfléchisse à des matériaux biosourcés, aujourd’hui de 3e génération, à l’optimisation des procédés, au recyclage ou à l’éco-conception de futurs produits, la marge de progression et d’innovation est grande. Les actions individuelles, au niveau de l’acte d’achat ou du tri des déchets, comme les actions politiques, ont une influence. Mais les acteurs de la filière du plastique sont des maillons essentiels. « L’entreprise se situe à la base des décisions de production et a le pouvoir de proposer des solutions, souligne Carole Dubois. A ce niveau-là, les investisseurs peuvent aussi jouer un rôle en exerçant une certaine pression quant aux enjeux de durabilité. Il n’existe pas encore de « metrics » pour les plastiques, mais c’est en cours de développement. »

      Au plan international, d’autres initiatives font avancer les industriels et les marques. La Fondation Ellen MacArthur et son programme New Plastics Economy réunit ainsi certains acteurs importants, décidés à s’impliquer dans le développement d’une économie plus circulaire, en partant des emballages. Cette dernière possède en effet de nombreuses vertus – nous y reviendrons dans un prochain article – et a le potentiel de devenir bien plus qu’une goutte d’eau dans un océan sans plastique.

      Fanny Oberson, "Demain" n° 08, Octobre 2018
       

      Économie et droits de l’homme, une mission partagée entre Etat et entreprises ?
      Un Plan d’action national relatif aux entreprises et aux droits de l’homme, adopté en 2016 par le Conseil fédéral, vise à renforcer la cohérence entre activités économiques et droits de l’homme. Quels ont été ses effets à ce jour, et comment les PME peuvent-elles progresser ? Le point avec Valérie Berset Bircher, future Cheffe des Affaires internationales du travail pour le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO).

      Vous êtes en charge du Plan d’action national relatif aux entreprises et aux droits de l’homme. Un vaste programme ! Que couvre ce Plan d’action ?
      Il se concentre sur les devoirs de l’État en matière de protection des droits de l’homme et des voies de recours. Il contient 50 instruments politiques visant à promouvoir le respect des droits de l’homme dans le cadre des activités économiques, notamment en sensibilisant les entreprises domiciliées et/ou actives en Suisse, y inclus les entreprises helvétiques actives à l’étranger. La Suisse a choisi de favoriser des mesures non contraignantes et la promotion d’outils pratiques. La Confédération estime qu’il lui appartient de soutenir les entreprises suisses dans la mise en œuvre des Principes directeurs de l’Organisation des Nations unies (ONU). Ainsi, le Plan d’action prévoit des mesures incitatives à leur intention et les appelle à respecter les droits de l’homme, en particulier dans leurs activités à l’étranger.

      Pour les PME, cette question n’apparaît pas forcément comme prioritaire. Parfois, elles ne mesurent pas exactement en quoi le volet lié aux droits de l’homme les concerne. Quelles pistes le SECO explore-t-il pour les impliquer davantage ?
      La Confédération élabore actuellement une brochure spécifique destinée aux PME, pour la mise en œuvre de la diligence raisonnable en matière de droits de l’homme. De plus, certains workshops de sensibilisation et de formation qui sont proposés s’adressent spécifiquement aux PME. Le site web du DFAE et du DEFR lancé en juillet 2018 (www.nap-bhr.admin.ch) sera encore élargi à leurs besoins. En effet, les PME ont besoin d’informations concrètes. Les standards et les guides d’organismes internationaux fournissent des orientations importantes aux entreprises, mais ils sont souvent trop complexes et peu adaptés aux attentes des PME. Les entreprises doivent pouvoir trouver rapidement les informations pertinentes. A l’avenir, nous souhaitons encore d’avantage axer nos mesures sur l’accessibilité, mais aussi la vulgarisation des informations : que signifient les droits de l’homme pour les activités des PME ? Quelles implications en cas d’importation ou d’exportation de biens ? Quels réflexes les PME devraient-elles adopter au quotidien ? 

      Jusqu’où une PME peut-elle intégrer les exigences en matière de traçabilité par exemple ? A quel point est-elle « responsable » de ses fournisseurs ? Certaines vérifications semblent impossibles, les chaînes de valeurs devenant très complexes.
      Beaucoup de PME disposent déjà de modèles d’affaires qui sont responsables d’un point de vue social et écologique. Pour la diligence en matière de droits de l’homme, une PME peut s’appuyer sur les processus internes déjà existants. L’envergure de la diligence va dépendre de la taille de l’entreprise, du genre d’activité et du contexte géographique. Il faut aussi adopter une approche basée sur les risques et prioriser les répercussions les plus graves en matière de droits de l’homme. La diligence devrait concerner les activités propres mais aussi la chaîne des fournisseurs directs et autres partenaires commerciaux. Il faut identifier les risques, prendre les mesures et suivre les effets de ces mesures, car la situation des fournisseurs, des partenaires, des pays et des secteurs évolue en continu. Il est important de signaler que la diligence ne signifie pas forcément plus de travail. Souvent, les relations commerciales des PME sont moins complexes que celles des grandes entreprises. Souvent, les PME connaissent très bien leurs fournisseurs et leurs relations d’affaires. 

      Quels outils sont utiles aux entreprises souhaitant intégrer des critères de durabilité dans leurs processus d’achat ? 
      Il existe des guides pratiques et sectoriels qui expliquent comment intégrer des critères de durabilité dans ces processus. On peut mentionner les guides de l’OCDE pour la diligence dans des secteurs spécifiques, tels que les matières premières, l’agriculture, le textile et la finance. Des recommandations pour d’autres secteurs sont en cours d’élaboration. Plus d’informations à ce sujet peuvent être trouvées sur le site RSE du SECO. 

      Vous avez déjà pu évaluer une première phase du Plan d’action mis en place à l’échelle nationale. Diriez-vous que les entreprises progressent et se montrent proactives ?
      Autant les grandes entreprises que les PME comprennent que le respect des droits de l’homme signifie également un avantage stratégique (par ex. meilleure compétitivité, meilleur positionnement sur le marché, productivité accrue et diminution des risques). En effet, autant les investisseurs que les gouvernements, clients et consommateurs attendent de plus en plus que les entreprises (y compris les PME) connaissent leurs répercussions sur les droits de l’homme et prennent des mesures préventives. En pratique, il reste toutefois un potentiel d’amélioration dans la mise en œuvre des Principes directeurs de l’ONU et la diligence en matière des droits de l’homme. Par exemple, beaucoup d’entreprises publient des déclarations de principe au sujet des droits de l’homme ou de la RSE, ou disposent d’un code de conduite pour les fournisseurs. Mais encore trop peu procèdent à la diligence en matière de droits de l’homme, c’est-à-dire à l’analyse de l’impact de leurs activités. Nous constatons toutefois que les entreprises sont disposées à s’engager davantage dans ce domaine. 
       
      Observez-vous une différence selon les secteurs d’activité? Reste-t-il davantage à faire dans certains d’entre eux ? 
      Oui, il y a des secteurs plus exposés aux risques de violations des droits de l’homme, par exemple le secteur des matières premières. Ce secteur fait face à des défis sérieux, notamment en rapport avec les droits de l'homme et la situation environnementale dans les pays exportateurs. La Suisse est l'une des plus importantes places de négoce des matières premières du monde. En collaboration avec un groupe multipartite (cantons, ONG et secteur privé), la Confédération a élaboré un guide pour la mise en œuvre des Principes directeurs de l’ONU par le secteur du négoce des matières premières. Ce guide détaille ce qui est attendu des entreprises de négoce pour qu’elles respectent les droits de l’homme et leur donne des conseils pratiques pour la mise en œuvre d’une diligence raisonnable, tout au long de la chaîne de valeur. Il s’agit de la première initiative au monde visant à créer une bonne pratique reconnue pour la mise en œuvre des Principes directeurs de l’ONU par le secteur du négoce des matières premières. 

      Propos recueillis par Fanny Oberson, "Demain" n° 09, Novembre 2018


      Des outils pratiques pour les PME

      Sur le nouveau site www.nap-bhr.admin.ch, retrouvez toutes les précisions sur les workshops organisés pour les entreprises, le Helpdesk du Bureau international du Travail, les initiatives multipartites dans le domaine « entreprises et droits de l’homme », mais aussi les modules ou projets développés par la coopération économique au développement. Les exemples de diligence en matière des droits de l’homme, tirés de la pratique, peuvent être inspirants.
       


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Raphaël Thiébaud

Responsable du dossier "Développement durable"