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Voulons-nous introduire le smic le plus élevé au monde ?

    
Le peuple et les cantons se prononceront le 18 mai prochain sur l'initiative sur les salaires minimums, lancée par l'Union syndicale suisse. Le texte demande l'introduction d'un salaire minimum de 22 francs par heure, ce qui correspond à quelque 4'000 francs par mois (x 12 et non x 13), sur une base de 42 heures de travail hebdomadaires. 
Certes, un salaire minimum peut avoir sa raison d'être lorsqu'il est négocié par les partenaires sociaux pour une entreprise ou une branche économique déterminée, par le biais de conventions collectives. L'initiative impose toutefois un salaire minimum légal, applicable à tous, sans tenir compte des spécificités des branches, ni des régions. Elle met ainsi sérieusement à mal le partenariat social, en supprimant l'une des principales raisons d'être des conventions collectives. 
La rigidité d'un smic «à la française» est problématique en soi : trop bas, il n'apporte aucune protection et trop haut, il provoque des réductions d'effectifs, des délocalisations et du travail au noir. En l'occurrence, le montant exigé par l'initiative est, de très loin, le plus élevé au monde, même après correction de l'effet du pouvoir d'achat. Il représente environ le double des minima existant dans les pays européens qui connaissent les salaires minimaux les plus hauts (Luxembourg, France et Irlande notamment). 
Un salaire minimum élevé pénalise l'emploi et l'accès au marché du travail, en particulier pour les travailleurs pas ou peu qualifiés et les jeunes. Les activités à faible valeur ajoutée seraient les premières à être victimes de délocalisation ou de travail au noir. Les formes de travail précaires (CDD, travail sur appel…) pourraient se multiplier, à l'instar de ce qui a pu être constaté en France. Autre effet négatif étudié chez nos voisins : le nivellement par le bas. Les salariés, et en particulier ceux qui sont rémunérés à un niveau légèrement supérieur à 4'000 francs, risqueraient fort de voir leur salaire stagner, voire régresser.
Quant aux activités qui, de par leur nature (ex. agriculture, tourisme, services à la personne), ne sauraient être délocalisées, elles subiraient inévitablement un renchérissement, avec une hausse des prix répercutée sur les consommateurs. Les bas revenus seraient là encore les premiers pénalisés, sans oublier les conséquences négatives d'une diminution de la demande. 
Mathieu Piguet
(Pour LeJournal CVCI n° 48 - mars 2014)
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Raphaël Thiébaud

Responsable du dossier "Développement durable"