Page d'accueil du site Navigation principale Début du contenu principal Plan du site Rechercher sur le site
AccueilCommunicationToutes les actualitésEcopop : une initiative extrême, rigide et inutile
Développement économique Relations extérieures Retour

Ecopop : une initiative extrême, rigide et inutile

    
Une nouvelle fois, nous serons appelés à débattre de la surpopulation, du manque d'infrastructures et de logement voire même de la protection de l'environnement. Pourtant, l'initiative Ecopop sur laquelle nous allons voter le 30 novembre prochain, ne traite pas de ces sujets mais s'attaque encore et toujours à la même cible : l'étranger. Petit tour d'horizon pour montrer en quoi l'initiative est inutile et inefficace pour résoudre les problèmes évoqués et en provoquerait d'autres.
Difficile de voir la relation entre la distribution de préservatifs en Afrique, la fermeture des frontières helvétiques et la protection de l'environnement en Suisse. C'est pourtant le lien que n'hésite pas à faire le mouvement Ecopop (Ecologie et population) pour justifier son initiative.
Revenons sur la mesure qui voudrait obliger la Suisse à consacrer 10 % de son aide au développement à des mesures de planning familial, soit environ 200 millions de francs. Premièrement, l'immigration en Suisse est majoritairement européenne (plus de 80 % en 2012) alors que notre coopération au développement est ciblée sur les pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine. Moins de 5 % de l'aide totale va en Europe (Balkans). Les migrants ne proviennent donc pas de pays dans lesquels la coopération au développement suisse est active. Vouloir réduire le nombre d'étrangers par ce biais est donc totalement inefficace: les pays d'origine des migrants sont différents des pays où la Suisse est active dans la coopération au développement. Mais surtout, les mesures de planning familial sont complètement inutiles pour réduire la croissance démographique dans les pays pauvres. Cette voie a été abandonnée depuis longtemps et est vivement critiquée par les organisations d'aide au développement. Par contre, les investissements dans l'éducation et la formation, le renforcement du rôle des femmes et de leur qualité de vie offrent des résultats bien plus efficaces. Par exemple, en Angola, le nombre d'enfants par femme sans formation est d'environ huit. Avec une formation scolaire de base, le nombre d'enfants passe à six. Il tombe à 2,5 enfants par femme lorsque celle-ci a suivi l'école jusqu'au niveau secondaire. Ce ne sont pas les moyens de contraception qui manquent dans les pays pauvres, mais l'accès aux soins et à la formation.
En outre, il convient de rappeler que, bien que les taux de croissance démographique soient assez élevés, le taux de fécondité, soit le nombre d'enfants par femme, est en baisse constante partout dans le monde. Le sud-est asiatique a vu son taux de fécondité baisser drastiquement, en parallèle à son essor économique, pour atteindre désormais 2,13 enfants, soit juste un peu plus que le nombre d'enfants par femme pour assurer le renouvellement de la population, estimé à environ 2,1. La Suisse affiche quant à elle une moyenne de 1,5 enfant par femme depuis les années 80. Sans immigration, notre pays serait en voie de dépeuplement, comme la Russie et probablement bientôt l'Allemagne. Il est ainsi faux de prétendre que nous nous dirigeons vers une croissance démographique exponentielle, la tendance est au contraire à la diminution du taux de fécondité partout dans le monde. Prenons maintenant la deuxième exigence de cette initiative : limiter à 0,2 % le solde migratoire par rapport à la population totale, c'est-à-dire de bloquer à environ 16'000 personnes par année. Il est difficile d'imaginer en quoi cette mesure permettrait de créer de nouveaux logements, de protéger l'environnement ou de construire de nouvelles routes. Sur ce dernier point, l'initiative Ecopop montre ses limites. En s'attaquant uniquement à la population résidente de manière permanente en Suisse, elle encouragera l'engagement de frontaliers - qui ne sont pas concernés par l'initiative - pour compenser la main-d'œuvre étrangère désormais interdite de territoire. Cette limitation arbitraire, mettra sous pression nos infrastructures. Plutôt que de créer de nouveaux problèmes, les solutions passent par des mesures ciblées, par exemple le développement de nos infrastructures, tel que le contournement autoroutier de Morges. En laissant croire que nous devons lutter contre la surpopulation en Suisse au moyen de mesures inefficaces et extrêmes, l'initiative Ecopop porterait un grave coup à notre économie. Le peuple suisse a accepté le 9 février une initiative qui vise à mieux contrôler notre immigration en tenant compte des besoins de l'économie, alors qu'Ecopop ne se soucie guère de la santé de nos entreprises. Il faut rappeler que de nombreux secteurs de notre économie dépendent de la main-d'œuvre étrangère. 
Les risques pour notre économie de mettre en place des mesures aussi rigides sont considérables, d'autant plus que notre marge de négociation avec l'Union européenne est extrêmement ténue. En cas d'acceptation de cette initiative, elle serait réduite à néant. Rappelons que nous avons plus d'échanges avec le Bade-Wurtemberg qu'avec la Chine, le Brésil et l'Afrique du Sud réunis, c'est dire l'importance des accords bilatéraux pour notre économie. Cette initiative soulève des problèmes à prendre au sérieux, sur lesquels nous avons déjà voté et pour lesquels des projets sont en cours. Un effort de rattrapage doit être fait notamment sur le développement de nos infrastructures ou l'incitation à la création de logement. Mais ces défis ne seront pas résolus en gaspillant 200 millions de francs du contribuable dans des mesures inefficaces, en portant un coup fatal à nos entreprises en les empêchant de trouver la main-d'œuvre nécessaire et en supprimant les accords bilatéraux. Cette initiative est extrême, rigide et inutile, c'est pourquoi la CVCI recommande de la rejeter.
Soutenez-nous sur internet en partageant vos témoignages sur : www.ecopopnon.ch
Robin Eymann
(Pour LeJournal CVCI n° 54 - octobre 2014)

Newsletter

Contact

Fanny Oberson Gross

Responsable Communication