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Le monde de l'énergie se modifie de jour en jour

Qu'implique le tournant stratégique pour sociétés électriques ? L'exemple de Romande Energie, avec son directeur général Pierre-Alain Urech.

Jusqu'à l'accident de Fukushima en 2011, la politique énergétique de la Suisse en matière d'électricité semblait réunir un consensus. Il était question de construire deux nouvelles centrales nucléaires, qui devaient nous garantir la sécurité de l'approvisionnement à très long terme. Tout a changé en quelques mois avec la décision du Conseil fédéral de passer au tout renouvelable d'ici à 2050, qu'est-ce que cela a impliqué pour Romande Energie ? La stratégie de l'entreprise a-t-elle été fondamentalement modifiée ? 

Pierre-Alain Urech : Nous n’avons pas eu à changer fondamentalement notre cap dans la mesure où la stratégie annoncée en 2011 par le Conseil fédéral était en ligne avec notre stratégie d’entreprise arrêtée quelques années auparavant. 

Les modalités d’application de la stratégie énergétique 2015 ne sont pas encore complètement arrêtées, mais ses axes sont clairs : Il s’agit de remplacer la production des centrales nucléaires - représentant actuellement environ 35 % de la production au niveau national - en misant sur l’efficience énergétique, les énergies renouvelables et les importations, tout en admettant le recours à des centrales au gaz naturel pour faire l’appoint à moyen terme. 

De son côté, Romande Energie multiplie depuis plusieurs années les projets et réalisations pour développer sa propre production, avec un programme de près d’un milliard d’investissements d’ici 2025, en donnant largement la priorité aux projets de centrales reposant sur les énergies renouvelables (hydraulique, solaire, biomasse, éolien, géothermie). En parallèle, nous développons de nouvelles offres dans les services énergétiques, multiplions les actions de sensibilisation aux économies d’énergie et accompagnons nos clients pour simplifier et rentabiliser leur transition énergétique. 

Peut-on vraiment parvenir aux objectifs visés par la Confédération d'ici à 35 ans ? 

Les objectifs fixés par la stratégie énergétique 2050 sont très ambitieux, comportent en l’état encore de nombreuses inconnues et représentent un véritable défi pour les acteurs du secteur. Un exemple : la Confédération souhaite économiser environ 23 Térawattheures (TWh) d’électricité par an à l’horizon 2050. Quand on sait que 60 TWh sont consommés annuellement en Suisse et que cette consommation a augmenté pratiquement depuis 20 ans chaque année de quelques pourcents, on mesure bien le chemin à parcourir. 

Si on prend le domaine de la production d’électricité, nombre de projets sont retardés ou hypothéqués par des procédures lourdes et complexes, des droits de recours étendus, une fiscalité élevée, etc. Et ce, même quand il s’agit de recourir à des ressources naturelles, comme l’eau ou le vent, pour produire de l’électricité d’origine renouvelable destinée à alimenter les ménages et entreprises au niveau régional. Il faut être clair, les objectifs de la stratégie 2050 ne pourront être atteints que si des solutions pragmatiques sont rapidement trouvées pour lever ces obstacles et que la population adhère à cette nouvelle orientation.

Quels sont, à vos yeux, les principaux risques découlant de la transition énergétique qui nous est proposée ? 

Pour réussir la transition énergétique, il faut s’en donner les moyens, en termes financiers, de conditions-cadres et d’évolution des mentalités. Et ne pas nier les conséquences qu’elle peut représenter. Ce n’est que comme cela qu’on pourra éviter des effets pervers tels que ceux relevés, par exemple, en Allemagne au regard de la politique volontariste de promotion de la production issue des énergies renouvelables. Concrètement, cette dernière est possible grâce aux taxes écologiques élevées qui pèsent sur la facture d’électricité des ménages des Allemands. Or, pour contenir l’augmentation des tarifs de l’électricité, qui sont parmi les plus élevés d’Europe, l’Allemagne, qui a décidé d’abandonner progressivement le nucléaire d’ici 2020, doit recourir, en parallèle, à la production d’électricité issue d’anciennes centrales au charbon très justement pointées du doigt pour leurs émissions polluantes et forte production de CO2. 

Estimez-vous que les sociétés électriques maîtrisent encore leur destinée ? 

Le monde de l’énergie est toujours plus globalisé et se modifie de jour en jour. L’interdépendance des marchés électriques suisse et européen devient plus grande et les entreprises énergétiques doivent composer avec des facteurs nombreux et complexes. 

Prenons l’exemple de la production hydraulique suisse. De nombreux ouvrages ne sont actuellement plus rentables. En effet, la situation économique défavorable que connaissent certains pays européens induit depuis quelques années une réduction de la consommation d’électricité. En parallèle, la production reposant sur les nouvelles énergies renouvelables augmente fortement grâce aux subventionnements massifs octroyés dans certains pays, notamment en Allemagne. Cette situation a conduit à une forte diminution des prix de l’électricité sur les marchés européens. Et ces prix de marché sont désormais inférieurs aux prix de production de certaines installations hydrauliques ! 

Ainsi, cette production d’origine renouvelable, pierre angulaire de la production helvétique (58 % de celle-ci) et indispensable pour préserver notre indépendance énergétique, est aujourd’hui mise à mal. Contrairement aux autres moyens de production reposant sur les énergies renouvelables, les installations hydrauliques ne bénéficient d’aucun soutien fédéral et, au contraire, font l’objet de redevances et impôts pouvant représenter jusqu’à 40 % de leurs coûts de fonctionnement ! 

Comment voyez-vous le rôle des entreprises électriques, de manière générale, dans le tournant énergétiques ? 

J’estime qu’il s’agit d’une opportunité de renouvellement et de développement. Romande Energie est en train de transformer son modèle d’affaires d’électricien à énergéticien. Cela passe par la multiplication de nos prestations dans le domaine de l’efficience énergétique en nous appuyant sur notre nouvelle Unité d’affaires, spécialisée dans les services énergétiques. Opérationnelle depuis le 1er janvier dernier, elle gère l’ensemble des prestations que nous proposons dans les domaines des énergies du bâtiment, de l’éclairage, des systèmes thermiques et des conseils en efficience. 

Il s’agit d’un des axes de notre nouvelle stratégie d’affaires destinée à renforcer la position concurrentielle de notre Groupe et qui offre une seule et même démarche commerciale, focalisée sur l’ambition de faire de notre société le partenaire romand de référence pour accompagner nos clients dans le contexte de transition énergétique actuel. 

Dans cette vision, nous multiplions aussi les actions d’information et de sensibilisation de nos clients et du grand public en général, par des actions de terrains mais aussi par une forte présence sur les réseaux sociaux. 

Comment s'est déroulée cette année pour Romande Energie et quelles sont les perspectives 2015 et au-delà ?  Nous avons continué à mettre en place les actions et structures devant nous permettre de poursuivre notre développement dans ce secteur en pleine évolution : contexte économique, conditions cadres, production décentralisée, transition vers les réseaux intelligents, évolution des attentes des clients. Entre autre, nous préparons de nouveaux processus de gestion des réseaux liés au fait qu’une partie des consommateurs deviendront acteurs en produisant localement de l’électricité. 

Un des défis actuels pour notre entreprise consiste à nous positionner avec succès dans le cadre de l’ouverture du marché pour tous les consommateurs, annoncée pour 2018 par le Conseil fédéral. L’avant-projet concerné est actuellement en consultation et il n’est pas exclu que cette ouverture fasse l’objet d’un référendum. 

Se préparer à l’ouverture totale du marché signifie notamment des investissements en informatique, la mise en place de nouveaux processus de vente auprès des clients, de gestion des portefeuilles d’approvisionnement. Mais c’est aussi s’inscrire dans une dynamique d’évolution, très stimulante en termes d’offres et d’innovation.

Propos recueillis par Philippe Gumy (Novembre 2014)

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