L’invitée du 24heures, mercredi 30 mai 2007
Jours fériés? Jours fermés? Jours non travaillés? Magasins ouverts? Magasins fermés?
Les jours fériés se distinguent par une envergure qui va au-delà d'un simple jour de congé. Ils ont été institués sur un fondement symbolique de nature religieuse, culturelle, régionale, traditionnelle. C'est le cas, sans hésitation aucune, de Noël, Vendredi Saint, lundi de Pâques, l'Ascension, du 1er août et du lundi du Jeûne pour les Vaudois. Le jour férié concrétise ainsi les références des valeurs d'un pays.
L'initiative, soumise au peuple vaudois le 17 juin, qui veut rendre férié le 2 janvier et le lundi de Pentecôte, n'est justifiée par aucune de ces valeurs. Franchement, le 2 janvier, à part essayer de se remettre du Nouvel-An, dites-moi quel est le symbole qui se cache derrière?
Ainsi, sous le couvert de "férié", les initiants essaient tout simplement d'obtenir deux jours de congé supplémentaires. Ils attaquent une autre valeur fondamentale qui fait la Suisse: le partenariat social symbolisé par les conventions collectives.
Aujourd'hui, le 2 janvier et le lundi de Pentecôte sont souvent des jours non travaillés. Les décisions sont prises sur une base volontaire ou sont le résultat d'une convention collective de travail. Cette pratique offre une très grande flexibilité. L'initiative souhaite, elle, la rigidité. Elle imposerait ainsi une fermeture généralisée des entreprises et des commerces.
Elle ne tient pas compte des changements de comportement de la population. Que va faire le consommateur? Il n'hésitera pas à se rendre dans les cantons voisins, voire en France, où les commerces sont ouverts les deux jours en question. Il n'y a même pas besoin que le 2 janvier tombe un mardi (qui conduirait à trois jours de fermeture des magasins) pour le voir filer faire ses courses plus loin. L'achat n'est plus seulement une nécessité, mais il est devenu un loisir. Il est aussi un certain lien social, un moment partagé ensemble.
Je peux comprendre que l'on s'offusque de cette dérive de la société. Je pense que dans ce contexte, il est indispensable de plaider pour préserver les "vrais "jours fériés. Par contre les deux jours supplémentaires proposés par l'initiative ne vont rien changer à cette tendance, si ce n'est qu'ils conduiront à des déplacements supplémentaires, peu compatibles avec le développement durable, mais aussi à une perte de chiffre d'affaires pour les commerçants vaudois, et donc à une diminution des moyens disponibles pour payer les salaires.
Cette dernière remarque peut paraître dérisoire, mais dans un secteur déjà soumis à forte concurrence, ce n'est pas avec une telle méthode que l'on crée de l'emploi et que l'on promeut le progrès social. C'est aussi passer sous silence que ce seront les travailleurs les plus faibles qui feront les frais de ces jours fériés. Les auxiliaires, les temporaires, les personnes payées à l'heure ne toucheront pas de salaire pendant ces deux jours. C'est aussi ignorer que de nombreux employés apprécient de travailler les deux jours en question pour bénéficier de compensations en temps ou en argent!
Votez NON le 17 juin préserverait le statu quo et ne conduirait pas à une libéralisation sauvage.
Claudine Amstein, Directrice CVCI