L’invitée du 24heures mercredi 11 janvier 2006
Après la liste des cadeaux, viendra la liste des objectifs 2006. Sur celles de certains parents figurera l'espoir d'aider leur enfant à trouver la formation qui lui assurera son avenir.
Dans le secret de leur âme et de leur coeur, la grande majorité de ces parents souhaitent ardemment que leur enfant continue son cursus scolaire au plus haut niveau et termine par une formation académique. Ce fameux mythe, que seules les études conduisent à la réussite professionnelle, est plus que jamais ancré et s'autoalimente par cette réaction des parents.
Les statistiques montrent que cette croyance est encore plus présente en Suisse romande: notre taux de formation en apprentissage est en effet plus bas qu'outre-Sarine, certainement sous l'influence de nos voisins hexagonaux. Mais, franchement, quelle est encore la valeur du bac français?
Notre mythologie devrait pourtant trouver aussi ses sources dans le succès de tous ces patrons d'entreprises qui ne comptent pas dans leur CV une longue liste de titres universitaires, mais une belle énergie, une passion qui a commencé par un apprentissage. Ils ont cru en eux, en ce qu'ils font ou ont fait. C'est certainement cet influx qu'il faut donner aux jeunes afin qu'ils trouvent leur voie.
Malheureusement, actuellement quand on parle apprentissage, on parle pénurie. Ce n'est pas avec ce message répétitif et négatif que l'on augmentera l'attractivité de cette filière. Et il laisse croire, à tort, que la voie des hautes études est une garantie de trouver un emploi.
C'est d'autant plus regrettable que ce qui nous guette à court terme n'est pas la pénurie de places d'apprentissage, mais bel et bien la pénurie d'apprentis. En effet, dès 2007, la courbe démographique des jeunes de 15 ans va s'inverser, alors que cette année le canton de Vaud a encore accru de 250 le nombre de contrats signés. Déjà certains secteurs ne trouvent pas d'apprenti en raison d'images négatives véhiculées sur la profession.
Si on continue sur ces voies du dénigrement de la formation duale, nous allons vers des années difficiles pour la formation et donc notre économie. Un gros travail de marketing des places d'apprentissage est nécessaire et pas seulement pour en créer. Et nous sommes tous concernés: entreprises, syndicats, monde politique et de l'enseignement.
Augmenter l'attractivité de l'apprentissage passe notamment par deux mesures. Tout d'abord l'établissement de liens plus étroits avec le corps enseignant, afin que ce dernier puisse mieux renseigner, aiguiller les jeunes à la recherche de leur voie. Cette volonté doit ensuite dépasser les simples déclarations politiques, qui sont directement contredites par des restrictions, des complications vécues par les entreprises dans leur «métier» de formateur. Elle doit ensuite s'accompagner d'une réelle volonté du corps enseignant d'aller à la rencontre du monde économique.
Il y a lieu encore de montrer toutes les perspectives qu'offre un apprentissage. Il est fini le temps où l'on accomplissait une fois pour toutes une formation. Cette dernière est aujourd'hui permanente. L'apprentissage ouvre aussi la porte à des carrières professionnelles que nous devrions nous attacher à mieux décrire et qui peuvent être plus valorisantes qu'un simple diplôme, même universitaire.
Lorsque des syndicats d'enseignants revendiquent que l'enseignement au jardin d'enfants soit dispensé uniquement par des titulaires d'un master universitaire, on voit encore l'étendue du travail de conviction à faire!
Claudine Amstein, Directrice CVCI