L’invité de l'Agefi, mardi 28 février 2006
De grandes manœuvres ont débuté pour choisir la variante qui sera adoptée par le Parlement pour restructurer la promotion de la Suisse à l’étranger (promotion de l’image, promotion de la place des affaires suisse, etc.) ; sorte de mise en synergies forcées des entités actuellement chargées de cette mission dans un but de simplification et d’économies des fonds publics.
Les stratèges et patrons charismatiques de chaque «agence» concernée – et la liste est longue – y vont de leurs opérations de séduction, soupesant les opportunités (ce qui adviendra si leur entité est celle qui englobera les autres) et les dangers (si, au contraire, c’est elle qui devait être englobée!) pour leurs carrières personnelles. Ces parades nuptiales ne doivent pas faire oublier aux députés que ces structures ont parfois mis des années pour nouer des partenariats solides afin de traiter le plus efficacement possible leur marché. La création de «machins», par fusion ou association d’acteurs existants, sorte de contorsions politiques et technocratiques sans maîtrise de leurs contenus et philosophies, pourrait aller à l’encontre des buts premiers de cette réforme, à savoir mieux soutenir notre économie pour la rendre plus compétitive, grâce à un environnement administratif simplifié.
Par exemple, l’Osec Business Network Switzerland est chargée de promouvoir les exportations suisses. Pour ce faire, elle coordonne un double réseau de points d’appui, en Suisse (le réseau dit «intérieur», composé autour des Chambres de commerce et d’industries, véritables portes d’entrée de proximité pour les PME) et à l’étranger (le réseau dit «extérieur», articulé autour de quinze Swiss Business Hubs – sortes de «têtes de pont» pour les entreprises sur les marchés internationaux). Cette structure, patiemment mise en place depuis cinq ans, commence à porter ses fruits: la mayonnaise «Business Network Switzerland» prend! Après plusieurs années de doutes, les partenaires de ce réseau et les entreprises qui y ont fait appel sont satisfaits du travail accompli.
Or, les grandes manœuvres évoquées précédemment laissent planer de sombres nuages sur ce réseau. Non pas que les partenaires soient attachés à conserver l’Osec à tout prix. En effet, peu importe en définitive le nom de l’entité, pourvu que le réseau, ses prestations et sa marque reconnue (Business Network Switzerland) subsistent et continuent à permettre aux entreprises d’accéder rapidement aux marchés étrangers grâce à des informations ciblées de qualité.
Par contre, si les regroupements planifiés devaient mettre ce réseau en péril, il y a fort à parier que certains des partenaires, ne se reconnaissant plus dans le Business Network nouvelle formule, décident de jeter l’éponge après plus de cinq ans d’effort. Il ne s’agirait pas là d’un baroud d’honneur en vue de maintenir une position acquise dans le concert des outils de promotion des exportations, mais bien plutôt de l’expression d’une crainte de ne plus pouvoir atteindre les objectifs fixés. Ce serait certes dommage, mais d’autant plus gênant que, pour remplacer les CCI comme réseau d’acquisition pour le système, les économies réalisées par la simplification globale des organismes de mise en valeur de la Suisse pourraient ne pas suffire! On obtiendrait alors un gâchis sans commune mesure avec des effets perceptibles à long terme.
Sachons donc voir l’intérêt commun plutôt que les intérêts particuliers et osons comme certains patrons de ces organismes admettre que les mêmes buts peuvent être atteints sans maintenir à tout prix des structures. Et à ceux qui ont eu ce courage d’affronter le changement, donnons une chance de le réaliser sereinement.
Régis Joly, Sous-directeur CVCI