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L’invitée du 24heures, jeudi 6 avril 2006
Comment osez-vous imaginer lancer un référendum contre la nouvelle loi sur les allocations familiales? Comment osez-vous être contre les familles, les enfants? Comment osez-vous être politiquement incorrect?
Voilà une bien triste manière d'empoigner un problème, de l'examiner et de s'en faire une opinion! A la suite de l'adoption par l'Assemblée fédérale de la loi sur les allocations familiales, les référendaires ont eu droit immédiatement à la mécanique bien huilée de la culpabilisation.
Il est pourtant indispensable «d'oser» dire que cette loi est dommageable pour les familles, comme pour les entreprises. Qu'a décidé le parlement? Il a fixé un montant minimum d'allocation, créé une allocation pour les personnes sans revenu et prévu le versement d'allocations pour des enfants habitant à l'étranger. Coût de l'opération: 700 millions de francs. Versement de ces montants de manière indistincte aux familles pauvres comme aux familles riches. Voilà des sommes rapidement galvaudées, alors que des mesures extrêmement ciblées pour des familles pauvres seraient indispensables. Ces quelques éléments montrent déjà que ce n'est pas avec un tel acte législatif que l'on va repeupler les maternités. La politique familiale ne se mesure pas à 20 ou 50 francs de plus fixés arbitrairement sous la Coupole fédérale.
La politique familiale est l'affaire des cantons qui peuvent développer leur génie propre pour aider les familles par des bourses, des aides à la naissance, des aides au logement, la création de places d'accueil pour les enfants, des lieux avec devoirs surveillés, des horaires scolaires unifiés, etc. Les besoins et les attentes ne seront pas les mêmes dans le canton de Genève, ou dans celui du Jura. C'est la proximité qui permet, d'ailleurs, de mener la politique la plus adéquate en structures comme en financement. Il est évident, si je reprends mon exemple, que les coûts fixes que la famille doit assumer à Delémont ou à Genève ne sont pas les mêmes (logement, assurance maladie, etc.), le niveau des salaires non plus, les attentes des parents encore moins. Il est sérieusement à craindre que cette augmentation des coûts des allocations familiales se fasse au détriment d'autres aides de la politique familiale.
En acceptant ce nouvel échelon fédéral, on met le doigt dans l'engrenage d'une nouvelle assurance sociale. Et pourtant, actuellement, le système fonctionne par un financement entièrement assumé par les entreprises, sans participation des employés et surtout, sans déficit chronique, donc sans perspectives sombres semblables aux assurances sociales fédérales. Cette augmentation aura des conséquences pour les charges des employeurs, y compris pour le canton à ce titre et à celui des allocations des personnes sans revenu. Il est sérieusement à craindre que ces charges nouvelles ne remettent en cause des projets comme l'accueil de jour de la petite enfance ou d'autres aides existantes du canton.
Aujourd'hui, les vrais problèmes auxquels sont confrontées les familles dont les deux époux veulent ou doivent travailler ou dont un des membres souhaite rester à la maison se résument en organisation (horaires scolaires, places d'accueil) et surtout fiscalité. La réforme de la fiscalité des familles s'est enlisée, alors qu'elle pourrait s'avérer un soutien réel qui ne se compte pas en dizaines mais en centaines de francs pour les familles. Et ça, c'est de la compétence fédérale! En attendant, le fisc ne manquera pas de prélever l'impôt sur les allocations familiales, augmentées ou non.
Claudine Amstein, Directrice CVCI