L’invité de l'Agefi, lundi 12 juin 2006
Après une gestation d’une petite dizaine d’années, le projet final de Plan directeur cantonal (PDCn) devrait être soumis tout prochainement aux députés vaudois. Outil central de la politique d’aménagement du territoire, ce plan exprimera très vraisemblablement la claire volonté du Conseil d’Etat de réorienter l’implantation de la population dans les centres régionaux, afin de limiter l’étalement urbain et le coût des infrastructures nécessaires. D’ici 2020, la population vaudoise devrait en effet gagner une centaine de milliers d’habitants. La vocation du nouveau plan directeur sera de freiner l’évolution dommageable à la qualité de vie et à l’économie de l’étalement des habitations. Ce projet volontariste espère également éviter une dispersion des efforts et des moyens, au bénéfice du cadre de vie. Le Conseil d’Etat veut clairement limiter les possibilités de développement dans les zones non desservies par les transports publics et en excluant de développer les transports publics dans des zones non dotées d’une population suffisante. En dépit de la modération de l’intention au fil des différents avant-projets, ce PDCn suscite encore de larges critiques dans trois domaines différents.
Premièrement, la volonté de déclasser des zones à bâtir surdimensionnées doit être refusée. En effet, compte tenu de la durée des procédures, de leur coût et des intérêts économiques en jeu, cette mesure jusqu’au-boutiste est une aberration; elle est d’ailleurs inutile au vu de l’intérêt inexistant pour des zones manifestement mal positionnées. Il serait préférable de concentrer l’attention des aménagistes sur la gestion de la pression naturelle dans l’arc lémanique, au lieu de s’agiter inutilement sur les problèmes quasi inexistants de l’arrière-pays. Deuxièmement, concernant les transports, il faut aussi rejeter la diabolisation proposée des transports privés. En effet, même en concentrant le développement dans certaines zones, le réseau idéal des transports publics, imaginé par des aménagistes, ne pourra jamais se réaliser ne serait-ce que pour des raisons financières. Une meilleure prise en compte de la complémentarité entre les deux modes de transport est donc indispensable, notamment en réfléchissant sereinement à l’amélioration du réseau des routes cantonales et de l’autoroute Lausanne-Genève. Le récent transfert de nombreuses portions de routes aux communes présente à cet égard un grand nombre de risques et doit absolument être réexaminé. Troisièmement, sur le plan financier, ce PDCn ouvre la porte à des études nombreuses et diverses, dont le coût global constituera un multiple de ses frais d’élaboration. Il est donc indispensable que le projet remis au Grand Conseil soit accompagné d’une planification générale de toutes les mesures proposées, d’une estimation de leur coût et d’une proposition pour leur financement. Les députés vaudois seront ainsi en mesure de se prononcer utilement sur un projet qui devrait engager l’avenir de notre canton pour de nombreuses années; ils pourront également assurer l’arbitrage entre les éléments nécessaires ou simplement souhaitables. Ils devront enfin trouver la formule qui permettra d’éviter que ce PDCn 2007 ne demeure, comme sa version 1987, qu’un catalogue d’intentions, rapidement déconnecté de la réalité, et qui ne fera qu’alimenter les étagères des autorités avec pour seule satisfaction d’avoir répondu aux exigences fédérales.
Guy-Philippe Bolay, Directeur adjoint CVCI