L’invitée du 24heures 23 février 2006
La ministre allemande de la Famille concilie son poste et un foyer de 7 enfants. Si Mme la ministre a certainement les moyens de s'offrir une structure d'accompagnement pour sa progéniture, ce n'est pas le cas de toutes les mères qui jonglent entre un travail à 100% et des enfants. Et elles sont nombreuses! En France, elles ont la chance de pouvoir bénéficier d'infrastructures scolaire ou parascolaire adaptées à leur situation professionnelle.
Et nous? Selon une étude du Fonds national de la recherche scientifique publiée en juin 2005, il faudrait, en Suisse, des places d'accueil pour quelque 120 000 enfants. Seule 40% de cette demande est couverte aujourd'hui. Nous avons donc du pain sur la planche pour résoudre ce déficit, même si les mères travaillent majoritairement à temps partiel.
Les esprits ont évolué. Ils ont pris conscience qu'une plus grande participation des femmes au marché du travail ne peut qu'être bénéfique à l'ensemble de notre société.
La solution de facilité est de reprocher aux entreprises de ne pas créer, en leur sein, des crèches ou autres places d'accueil. Il serait faux de croire qu'un certain nombre d'entreprises n'ont pas abordé le sujet. En dehors de la question de la taille critique, elles ont été rebutées par les conditions pour y parvenir, équipements particuliers, WC surbaissés, impossibilité pour les mamans des enfants de s'occuper des autres enfants dans cette crèche selon un tournus, j'en passe et des meilleures. Elles y ont finalement renoncé.
Le monde des employeurs reste toutefois conscient qu'il doit aussi jouer un rôle dans cette évolution de la société. C'est ainsi que la Fédération patronale vaudoise et la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie ont accepté le principe de verser 0,08% de la masse salariale au profit de l'accueil de jour de la petite enfance. Même si ce principe a été accepté, il y a déjà près de quatre ans, le projet de loi (LAJE loi sur l'accueil de jour) est seulement au stade d'une commission du Grand Conseil. Tout ce temps a été consacré à mettre en place un projet de loi complexe et perfectionniste. Ce n'était pourtant que la première étape du perfectionnisme!
Avant même que la loi et ses principes ne soient adoptés par le Parlement, des directives-cadres de référence ont été mises en consultation. Ces six directives imposent un foisonnement colossal de conditions, aptitudes, capacités et qualités à remplir. La maman de jour, par exemple, devrait remplir pas moins de 35 exigences diverses. Ainsi elle devrait «élaborer et présenter son projet d'accueil d'un ou plusieurs enfants», «prendre congé de l'enfant accueilli et de ses parents», «se questionner, réfléchir sur sa façon de faire et en rendre compte sereinement», «veiller à inclure dans la prise en charge des activités d'éveil variées», tout cela dans des locaux remplissant les normes de sécurité du Bureau suisse de prévention des accidents (BPA). Peu importe que les enfants ne bénéficient pas d'un tel confort chez eux.
Cette dérive socio-éducative, sans mesure de son coût, touche de la même manière les crèches et autres lieux d'accueil. Elle condamne un grand nombre de mamans de jour à cesser leur activité ou à la pratiquer dans la clandestinité. Elle plombe l'objectif de la LAJE de créer 2500 places d'accueil supplémentaires. Et elle ne remplit pas la mission de l'Etat qui devrait être d'encourager et non de freiner les initiatives destinées à ouvrir des structures d'accueil. La seule chose positive, c'est qu'elle n'oblige pas encore les mères à passer un master pour s'occuper de leurs enfants!
Claudine Amstein, Directrice CVCI