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L’invitée du 24heures, lundi 4 septembre 2006
L'économie est taxée de nombreux maux. Elle est responsable des fléaux qui s'abattent sur notre société. Les salaires indécents de quelques patrons alimentent une vision qui accole à "économie" des adjectifs négatifs.
Cette représentation binaire, avec d'un côté les bons et de l'autre les méchants, est attristante. Elle dénote une pauvreté de réflexion et un manque d'intérêt pour un monde autre que celui dans lequel chacun de nous vit. La société est plus complexe et doit être analysée en tant que telle. Notre économie ne se résume pas à quelques grandes sociétés ; elle est, dans les faits, composée principalement par un riche réseau de PME.
Je dois constater que, malheureusement, le monde politique porte de plus en plus ce regard simplificateur et réducteur sur le monde de l'économie. Ce dernier a, lui, déserté les bancs politiques et n'a certainement pas fait les efforts de communication nécessaires. Et comme le travers humain est de diaboliser ce qu'il ne connaît pas, un fossé d'incompréhension s'est lentement créé.
Pour ne rien faciliter, dans la même période, le paysage économique s'est beaucoup élargi, et son rythme de fonctionnement accéléré. Cette évolution est aussi une chance! Actuellement, les secteurs économiques tournés vers le marché extérieur se portent mieux que ceux tournés vers l'intérieur ; ce dont tout le monde bénéficie.
Les PME ne suivent plus les processus de croissance que nous avons connus. Le chiffre d'affaires dans certaines branches peut doubler en une année et subir l'évolution inverse l'année suivante. La conquête d'un marché a changé. Il y a peu encore, l'entreprise commençait son activité sur son marché local, s'aventurait ensuite en France, avant de tenter une percée sur le marché suisse alémanique, voire allemand. Aujourd'hui, les entreprises démarrent directement sur plusieurs marchés internationaux. Il est facile de comprendre que les patrons courent la planète sans avoir du temps à consacrer à la politique.
Les parlements ont, de leur côté, évolué aussi. Ils sont majoritairement constitués de députés qui, à un titre ou à un autre, sont dépendants de l'Etat, fonctionnaires, employés du parapublic ou d'organismes subventionnés, retraités de la fonction publique. Leur employeur leur donne le temps d'exercer cette fonction politique. Ils sont généralement bien loin de connaître l'évolution de ce monde économique et les pressions de la concurrence, si ce n'est lors de leur élection. La responsabilité financière de leurs décisions reste extrêmement modeste. Jamais ils n'auront à répondre sur leurs biens des crédits dépensés! Mais leur tâche n'est pas pour autant simple. Le politique doit se battre dans un environnement où il doit trouver la juste place de son action entre les divers niveaux institutionnels et faire face aux contraintes intérieures. Les dossiers qui lui sont soumis sont lourds et extrêmement techniques, souvent dans des domaines économiques d'ailleurs.
Il serait pourtant erroné de croire qu'il s'agit de deux mondes séparés. Ils font partie d'un même système et sont interdépendants. Sans la croissance de l'économie, l'Etat n'a pas les moyens d'assumer ses tâches. Sans des conditions-cadre adéquates, l'économie ne peut se développer. Il est urgent de ne pas laisser le fossé se creuser encore. Aux entreprises de laisser la possibilité à leurs collaborateurs de prendre des fonctions politiques. Aux politiques d'être à l'écoute des entreprises… et pas seulement en période électorale!
Claudine Amstein, Directrice CVCI