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L’invité de l'Agefi, jeudi 23 juin 2005
Ouf! C’est un gros ouf de soulagement que l’on a pu pousser le 5 juin dernier. L’approbation à près de 55% des accords de Schengen/Dublin est doublement rassurante. D’une part, ce résultat montre que les dérives d’une campagne basée exclusivement sur la terreur ne portent pas leurs fruits. D’autre part, la Suisse confirme par ce vote sa volonté de coopérer étroitement avec son principal partenaire étranger.
Après le refus de l’Espace économique européen (EEE) en 1992 et les échecs successifs de diverses tentatives de rapprochement avec l’UE, la Suisse a choisi la voie bilatérale. A vrai dire, il n’y avait guère le choix si l’on voulait éviter un isolement total, totalement catastrophique pour notre économie et nos emplois. C’est ainsi que les accords bilatéraux I ont vu le jour, plébiscités par deux tiers des citoyens en mai 2000. Là aussi, les Suisses ont su se montrer raisonnables et pragmatiques.
Le 25 septembre prochain, nous devrons nous prononcer sur l’extension de la libre circulation des personnes – l’un des sept accords bilatéraux I – aux dix nouveaux Etats membres de l’UE. Cette extension est combattue par ceux qui, à l’époque, s’en prenaient à l’EEE au motif que la Suisse devait opter pour la voie bilatérale… Cherchez l’erreur!
L’enjeu de cette votation n’est pas simplement de savoir s’il l’on accepte ou non un accord de plus. Comme son nom l’indique, il s’agit de l’extension d’un accord existant, en vigueur depuis trois ans et qui fonctionne bien. Un refus ne conduirait pas au statu quo, mais remettrait en question l’ensemble des accords bilatéraux I. Bruxelles l’a confirmé au lendemain de la votation sur Schengen/Dublin: aucune discrimination ne sera tolérée entre ses ressortissants. Autrement dit, un refus le 25 septembre entraînera très certainement la dénonciation par l’UE des accords bilatéraux I dans leur ensemble (libre circulation, mais aussi obstacles techniques au commerce, transports aériens et terrestres, agriculture et marchés publics) en vertu de la clause dite de guillotine.
Comment pourrait-il d’ailleurs en aller autrement? Accepterions-nous que les Bâlois bénéficient de la libre circulation en Europe, mais pas les Vaudois? Le 25 septembre, la question ne sera donc pas de savoir si l’on veut renforcer nos relations avec l’UE, mais bien si l’on veut sauvegarder les acquis obtenus en 2000.
Un non, synonyme de retour en arrière, provoquerait une grave rupture de nos relations économiques avec l’UE. Pouvons-nous nous permettre de claquer la porte au nez de notre principal partenaire économique? Certainement pas lorsque l’on sait qu’un emploi sur trois dépend directement de nos relations avec nos voisins et que la Suisse gagne un franc sur trois grâce aux échanges avec les pays de l’UE.
En fait, une remise en question des accords bilatéraux I pourrait avoir des conséquences catastrophiques. Par exemple, qu’adviendra-t-il des compagnies aériennes récemment créées en Suisse (easyJet, Flybaboo, etc.) et qui se développent de manière fulgurante au départ de Genève vers diverses villes d’Europe? Il y a fort à parier qu’en cas de dénonciation de l’accord sur le trafic aérien elles devront se délocaliser hors de Suisse.
La conclusion s’impose d’elle-même: que l’on soit europhile, eurosceptique ou franchement antieuropéen, c’est un oui qu’il faudra glisser dans l’urne si l’on veut éviter un séisme économique et une perte massive d’emplois en Suisse. Espérons que les citoyens de ce pays sauront encore une fois ne pas se laisser gruger par les slogans populistes et trompeurs des référendaires!
Régis Joly, Sous-directeur CVCI