L’invité de l'Agefi, mardi 20 juillet 2004
Dans le milieu des chefs d’entreprises et de PME, évoquer les Accords de Bâle II, ces directives de la BRI imposant aux banques certaines règles prudentielles et en matière d’identification de crédits, suscite plusieurs types de réactions. La moins répandue, heureusement, est l’ignorance. Par contre, dans le cercle des informés, l’éventail des réactions est grand, allant de la crainte d’un cataclysme – Otto Ineichen ne prédit-il pas que Bâle II conduira 25% des PME à la faillite? – à une assurance de quasi-immuabilité des choses, puisque l’application de Bâle II se focaliserait sur les grands établissements bancaires.
Si la vérité se trouve vraisemblablement entre les deux, force est de constater que la deuxième vision semble peu réaliste dans le contexte de situation bilantielle des PME suisses. En effet, pour diverses raisons historiques, on relève depuis des années que les PME de notre pays sont chroniquement en situation de manque de fonds propres. Ce constat s’est intensifié ces dernières années avec l’entrée en vigueur des politiques de rating mises en place par les banques. Il importe donc de renforcer les fonds propres de nos PME pour leur permettre de rester concurrentielles, tant sur le plan national que dans l’environnement économique globalisé.
Dans ce contexte, des initiatives existent. Elles restent hélas peu nombreuses, mais il semble qu’un mouvement certain se mette en route. Il y a notamment plusieurs démarches privées, comme le projet FIN-KU du Swiss Venture Club offrant, principalement à de petites structures, une forme de capital-risque adaptée à leur environnement; ou encore l’initiative Boost-X PME Finance & Coaching, pilotée par la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI), visant à offrir un fonds d’investissement aux caisses de pension désirant placer une partie de leurs capitaux auprès de PME saines et souhaitant se développer sans recourir à des fonds étrangers.
Sur le plan politique aussi, la prise de conscience est au rendez-vous, puisque la Commission de l’économie et des redevances du Conseil national (CER-N) a, par voie d’initiative parlementaire, mandaté le Secrétariat d’Etat à l’économie (seco) pour lui soumettre en six mois environ un projet de plateforme de financement des PME, comprenant un premier volet ambitionnant la réforme et la refonte du système actuel des coopératives régionales de cautionnement des arts et métiers, et un second visant à mettre sur pied un instrument de financement «mezzanine» (il s’agit d’investissements considérés juridiquement comme des prêts aux entreprises mais traités économiquement comme des fonds propres) accompagné d’encadrement pour les PME.
Toutes ces démarches, qui ne se concurrencent pas mais plutôt se complètent, sont soutenues par tous les acteurs concernés, que ce soient les coopératives de cautionnement, les banques (banques cantonales, régionales, Raiffeisen et grandes banques), les organisations économiques faîtières et cantonales, ainsi que l’administration et pourraient être présentées au Parlement en 2005 déjà, parallèlement à la concrétisation des projets privés, pour autant que les investisseurs manifestent leur intérêt à investir dans du capital de proximité.
L’été et l’automne seront donc particulièrement actifs sur le plan du financement des PME pour finaliser des solutions alternatives aux crédits bancaires et renforçant les fonds propres de nos entreprises. Réussir ce challenge leur permettra d’envisager plus sereinement leur avenir concurrentiel et offrira à ce pays un remède à l’absence de croissance qui caractérise l’économie.
Régis Joly, Sous-directeur CVCI