L’invité de l'Agefi, vendredi 13 février 2004
C’est peu dire que le nouveau Parlement sorti des urnes en octobre dernier a du pain sur la planche avec, en tête de liste, le casse-tête de l’assainissement des finances publiques. Car celles-ci, personne n’en disconvient, sont mal en point. Comment faut-il qualifier autrement la situation d’un Etat dont la dette atteint plus de 30.000 francs par citoyen? On mesure mieux tout le travail et la détermination qui attendent les élus quand on sait que la dette publique globale culmine à 220 milliards.
Les mesures les plus urgentes ont certes déjà été engagées au niveau fédéral, quoique avec le succès tout relatif que l’on sait. La fronde des cantons et de certains milieux de gauche met en ballottage le paquet fiscal, tandis que le premier round du débat sur l’allègement des dépenses est resté bien en deçà de l’attente des «assainisseurs». On est encore loin du programme minimum qu’exige la situation du pays.
Sait-on également que la dette publique représente 50% du produit intérieur brut et qu’elle a plus que doublé en l’espace de dix ans? Quel manager resterait en charge de son entreprise au terme d’un tel dérapage? Or notre pays vit désormais au-dessus de ses moyens. Son train de vie porte atteinte à la prospérité bâtie par les générations précédentes qui ont su respecter les équilibres fondamentaux. A cette accumulation de la dette s’ajoute un alourdissement de la charge fiscale. En effet, la part des impôts et taxes exprimée en pour-cent du PIB est passée de moins de 30% à près de 36% en une dizaine d’années seulement.
Cette évolution pernicieuse n’est pas une fatalité, même si un redressement de la situation peut paraître herculéen. Preuve en est le fait que la plupart des autres pays industriels ont réussi à stabiliser et même, de cas en cas, à réduire leur quote-part fiscale. Il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour évaluer le dommage, pour la Suisse, d’une telle évolution: la diminution perceptible de la capacité concurrentielle sur les marchés étrangers et un affaiblissement équivalent du pouvoir d’achat de ses citoyens. Comme on a pu le lire dans la presse romande, cette détérioration est autrement plus préoccupante pour l’avenir du pays que le sort de la formule magique et les élections du Conseil fédéral du 10 décembre prochain (quoique…).
Dès lors pourquoi, une fois le mal clairement identifié, a-t-on tant de mal à prendre les mesures thérapeutiques nécessaires? Sans doute parce que toute proposition de changement, à plus forte raison quand elle touche au porte-monnaie, suscite des vocations de freinage: «Bien sûr, on ne peut pas continuer comme ça et il faut agir. Mais les autres d’abord!» Les choses ne sont bien évidemment pas dites en ces termes, mais c’est bien de cela qu’il s’agit: le repli dans la défense, bec et ongles, des intérêts particuliers, au détriment de l’intérêt général.
Il n’est pas ici question de jouer le rôle du moralisateur. Mais tout de même: l’histoire nous offre suffisamment d’exemples de ce qu’il en coûte à une communauté de sacrifier l’intérêt supérieur sur l’autel des égoïsmes sectoriels. Des changements sont nécessaires. Il faut d’urgence remettre le pays sur les rails d’une croissance solidaire. Des outils ont été définis. Le programme d’allègement des dépenses, s’il est mené à chef, constitue à cet égard un pas dans la bonne direction. Il faudra, simultanément, résister à la tentation d’accroître la pression fiscale. On a, dans ce domaine, atteint la limite du supportable.
Le nouveau Parlement fédéral est donc soumis à un rude défi. On ne peut que lui souhaiter bon vent. Et cela d’autant plus qu’au niveau cantonal – c’est patent dans le canton de Vaud – la situation n’est guère meilleure et que les parlements cantonaux font, eux aussi, preuve de leur incapacité à résoudre le problème à leur échelon.
Régis Joly, Sous-directeur CVCI