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Sortir précipitamment du nucléaire est une idée déraisonnable!

L’invité de l'Agefi, jeudi 15 mai 2003

Parmi les multiples objets soumis à votation le 18 mai (neuf fédéraux et un cantonal pour les Vaudois), le peuple suisse aura à se prononcer sur deux initiatives visant le même but, à savoir fermer les centrales nucléaires existantes avant la fin de leur cycle de vie. Déposées le 28 septembre 1999, ces deux initiatives constituent la suite logique des votations de 1990 où le peuple suisse avait refusé par 52,9% l’initiative «Pour un abandon progressif de l’énergie atomique», tout en acceptant par 54,5% l’autre initiative «Halte à la construction de centrales nucléaires» fixant un moratoire de dix ans pour la construction de nouvelles centrales. Avant l’échéance du premier moratoire, les milieux antinucléaires sont ainsi revenus à la charge.

Ce débat n’a toutefois pas lieu d’être; une très large majorité de la population est en effet convaincue que le nucléaire civil actuel ne constitue qu’une énergie de transition. Le problème est donc de savoir quand et comment il sera possible de le remplacer. Malgré les efforts financiers très importants consentis dans le monde entier, il faut malheureusement constater que les chercheurs sont encore loin d’avoir atteint les résultats espérés. Il est parfaitement illusoire de croire à des alternatives réalistes avant plusieurs décennies: l’avènement de la «civilisation de l’hydrogène» est notamment encore bien loin.

Durant cet intervalle, il est indispensable de ne pas supprimer l’appoint de nos cinq centrales nucléaires qui produisent plus de 25 milliards kWh, soit quelque 36% de l’électricité produite dans notre pays. Cette production correspond à sept fois la consommation du canton de Vaud. Si on devait la remplacer, il faudrait construire douze Grande-Dixence (quatorze ans de travaux, pour mémoire) ou plus de 180 centrales du type de Pierre-de-Plan à Lausanne (turbine à gaz, installation à cycle combiné).

Rappelons que l’initiative «Sortir du nucléaire» propose une fermeture très rapide des centrales: Mühleberg et Beznau en 2005, Gösgen en 2008 et Leibstadt en 2014. En une douzaine d’années, la Suisse perdrait donc près de 40% de sa capacité de production d’électricité. De plus, elle ne pourrait plus acheter de courant nucléaire à l’étranger et devrait s’assurer que le courant produit grâce à des énergies fossiles (gaz, fioul, etc.) le soit dans des centrales chaleur-force, dotées d’un réseau de chauffage à distance. L’autre initiative, intitulée «Moratoire plus», limite quant à elle à 40 ans la durée d’exploitation des centrales, avec prolongation possible de dix ans en dix ans, moyennant une votation populaire.

Face à l’incertitude, les exploitants de centrales décideront certainement de les arrêter après 40 ans. Par conséquent, Beznau devrait fermer d’ici 2011, Mühleberg d’ici 2012, Gösgen d’ici 2019 et Leibstadt d’ici 2024. Là aussi, nous perdrions, certes un peu plus tard mais tout aussi sûrement, une production d’électricité couvrant les besoins de plus de trois millions de personnes. C’est dire si ces centrales ne peuvent être remplacées d’un coup de baguette magique!

Débrancher les centrales nucléaires crée plus de problèmes que cela n’en résout. Il serait absurde de fermer des installations en parfait état de fonctionnement tant qu’elles respectent toutes les conditions de sécurité. Mieux vaut les conserver pour gérer en toute sécurité la période de transition vers de nouvelles sources d’énergie. En outre, les problèmes de gestion des déchets doivent de toute manière trouver une solution. Un tel démantèlement précipité conduirait ainsi à un formidable gaspillage d’investissements et donc à une aberration économique.

Si les deux initiatives antinucléaires étaient acceptées, nos centrales seraient prématurément fermées. Il faudrait trouver rapidement comment remplacer près de 40% de la production d’électricité suisse. Les énergies renouvelables offrent des perspectives intéressantes, mais ne permettent pas de combler à temps le vide laissé par l’arrêt des centrales nucléaires, et cela même si on réalise des économies d’énergie.

En réalité, la Suisse perdrait son indépendance. Elle serait contrainte de construire des centrales nettement plus polluantes, dont les émissions de CO2 rendraient l’introduction d’une taxe quasi inéluctable. Elle devrait dépenser des milliards pour opérer ces changements et sa sécurité d’approvisionnement serait en danger. Ce n’est pas raisonnable. Il faut au contraire préserver l’équilibre actuel entre électricité nucléaire et électricité hydraulique et voter deux fois non à ces deux initiatives excessives.

Régis Joly, Sous-directeur CVCI

 

 

 

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