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Respirer mieux pour une croissance vraie

L’invité du 24heures, jeudi 4 décembre 2003

Il y a des réputations trompeuses. Que dire par exemple du dynamisme de la Suisse, alors que des travaux sérieux d'analyse économique démontrent que durant les trente dernières années du siècle passé, et en comparaison avec les autres économies mûres, notre "produit par tête" aurait décrû de 30% environ? Que dire de la richesse d'une Suisse qui arbore une dette publique (Confédération, cantons et communes réunis) doublée en une dizaine d'années seulement et affichant 220 milliards de francs au compteur ? Une volte-face est impérative, pour éviter de nous écraser bel et bien dans le mur vers lequel nous fonçons. Ce sursaut comporte deux phases indissociables: le contrôle nécessaire des finances publiques et une relance marquée du taux de croissance.

Nous avons mal à nos finances. Mal au point où, le réalise-t-on, nous devons sortir 8 milliards de francs par an pour honorer les seuls intérêts de notre dette? Réalise-t-on ce que 8 milliards représentent ? Par exemple 2% environ de notre produit intérieur brut (PIB)... ou un peu plus d'une année de contribution à notre sécurité sociale. Rien que ça. A l'évidence, une telle charge d'intérêt devient tout simplement insupportable. Comment en est-on arrivé là? Simple: nous vivons au-dessus de nos moyens. Les dépenses publiques augmentent de plus de 4% par an, alors que le PIB, lui, ne progresse plus que de mini-pas (1% à peine et encore, puisque la croissance zéro est au programme de 2003 !). Le pays n'est pas au bord du gouffre me dira-t-on, puisque son endettement et la quote-part de l'Etat se situent encore dans la moyenne des pays industriels. C'est vrai, répondrai-je, mais ce qui est effrayant, c'est la rapidité avec laquelle la situation s'est détériorée. Les autres pays industriels ont stabilisé, voire réduit la quote-part de l'Etat au PIB (s'assurant dans la foulée un avantage concurrentiel sur notre pays): il faut les imiter sans délai.

Le "paquet fiscal" (sur lequel nous nous prononcerons en mai 2004) restitue à la grande majorité de la population une fraction du pouvoir d'achat qui lui a été enlevée depuis 1990 (la part des revenus destinée à la consommation a chuté de 69% à 63%, tandis que celle des impôts, assurances et autres taxes obligatoires grimpait de 31% à 37%). Un effet de tenaille que le paquet fiscal en question freinera en introduisant aussi quelques allégements dont les PME bénéficieront largement. Accepter les réformes proposées sera perçu comme une volonté de conclure un pacte avec l'avenir, une sorte d'alliance visant à recréer une culture de croissance pour renverser une situation économique en grave déclin.

Ce sera l'une des tâches majeures du nouveau parlement qui vient d'être élu, et du Conseil fédéral qu'il désignera, que d'assurer l'allégement des dépenses fédérales, pour retrouver la position de pointe que valait à notre pays son équilibre financier d'antan. Une tâche majeure et nécessaire, mais pas suffisante. Car, en indispensable complément à ces mesures financières, il y a lieu de prendre sans délai des mesures opérationnelles. Poursuivre (voire accélérer) les investissements dans les infrastructures. Alléger l'environnement législatif et réglementaire, pour gagner en transparence, mais aussi en mobilité. Accentuer notablement la recherche, pour garder et attirer les talents. Un programme dont les composantes principales sont identifiées, dont la rédaction est à la portée des partenaires. Ainsi l'économie pourra-t-elle dégager la valeur ajoutée accrue nécessaire à atteindre les objectifs sociaux que nous sommes donnés au fil des décennies écoulées.

Redéploiement de l'activité économique et contrôle des finances publiques sont indissociables. Parce que l'un (la croissance retrouvée) est le garant contre les pièges de l'autre (le contrôle des finances publiques). Parce que le partenaire "économie" apporte son approche globale tandis que le partenaire "politique" donne la dimension locale. Parce que la jonction des deux projets est garante de la confiance nécessaire à un partenariat dont l'aboutissement serait comparable à la paix du travail qui nous a valu un demi-siècle de réelle prospérité.

Jean-Luc Strohm, Directeur CVCI

 

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