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Or noir: du nouveau à l'Ouest (lausannois) ?

L’invité du 24heures, samedi 20 septembre 2003

Une nouvelle loi sur l'Université de Lausanne est en cours de rédaction. La chance est unique, unique au sens où si nous la laissons passer, nous n'aurons vraisemblablement pas le loisir de nous reprendre. Parce que l'université n'échappe pas aux règles qui régissent le monde socio-économique: perdre pied, prendre du retard est très vite fatal. La qualité du corps enseignant baisse, les succès en matière de recherche s'espacent, les collaborations entre universités et avec l'économie s'affaiblissent. C'est la logique de l'échec qui s'installe. Il faut donc mettre tous les atouts de notre côté au moment de réécrire les fondements de notre université.

Sans aller dans le détail, je tiens quelques principes pour essentiels:
- l'université (par son Conseil et non par le Conseil d'Etat) choisit "son" Recteur, celui qui lui paraît le mieux à même de la conduire aux buts qu'elle aura retenus
- l'université repose sur un Conseil d'une quarantaine de personnes (et non pas 80), représentant pour l'essentiel les Facultés , le corps enseignant et la société civile
- le Recteur (et non pas le Conseil d'Etat) désigne les professeurs, car le Recteur et son Conseil universitaire sont responsables d'atteindre les buts fixés. Et dans cette quête, la qualité du corps enseignant est primordiale.

Nous ne devons pas sacrifier l'Université de Lausanne à l'amour (incorrigible? atavique?) que porte le Vaudois à l'Etat. Il est essentiel de libérer les forces vives de l'université en les affranchissant de l'Etat, même si celui-ci paie! Car ce n'est pas parce que l'Etat paie qu'il sait gérer une université. Lausanne abrite un exemple vivant du plein succès des règles que je viens d'esquisser. L'IMD, basée à Ouchy, est depuis des lustres, la meilleure école de management au monde, hors des USA. C'est une mine dont la fertilité exemplaire ne doit rien à la main publique. Saurons-nous apprendre des expériences des autres?

Un président français l'affirmait il y a plusieurs années: qui n'a pas de pétrole doit avoir des idées ! La formule avait fait les premières pages: pas étonnant, en pleine disette pétrolière! Le temps a passé, le propos n'a rien perdu de son actualité. Il est nécessaire de préciser d'abord que par "idées", il ne s'agit pas de n'importe quelle idée. Car pour ressortir du lot, pour se distinguer de ceux qui en ont de bonnes, il faut en avoir d'excellentes, des idées. De ces idées qui marquent. La mine à idées par excellence est bien sûr l'université, la haute école. Le prix Nobel François Jacob ne disait-il pas que les découvertes majeures sont le fruit de cerveaux de moins de trente ans? Cette jeune matière grise abonde à Dorigny, à Ecublens. A Genève, Yverdon et Neuchâtel aussi, soit dit en passant. Tout est donc bien: on dispose de la matière grise, on aura donc les idées.

Pas si sûr... Car il faut que l'université dispose de locomotives, d'accompagnateurs, d'infrastructures à la mesure des résultats qu'elle ambitionne d'atteindre. Disposer de tels moyens humains et matériels implique certes la disponibilité de moyens financiers. Mais il importe surtout d'avoir des structures légères (pour pouvoir être rapide), des attributions de compétences claires (pour être efficace, précis), un management motivé, parce que convaincu de la justesse des orientations prises. Car les idées en or ne jaillissent pas par hasard. Elles naissent dans des environnements favorables. Lorsque ces conditions-cadre sont justes, alors s'installe souvent une systématique du succès: la réussite va à la réussite, tout comme l'échec engendre l'échec d'ailleurs.

Résumons-nous. Notre sol est pauvre en ressources capables d'entretenir le train de vie que notre société mène. Notre population active se réduit à toute vitesse, tandis que croît notre population à la retraite. Comment conjurer les effets de cette spirale pernicieuse? Notamment en investissant résolument dans la production de matière grise de haut niveau. La solution, formulée ainsi, paraît triviale. Peut-être… Il n'en reste pas moins qu'une université qui ne serait pas soutenue sans ambages, qui n'ambitionnerait pas d'être dans le peloton de tête, une telle université sera très vite contrainte à tomber dans les tréfonds du classement. A nous de faire le bon choix!

Jean-Luc Strohm, Directeur CVCI

 

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