| Accueil > La CVCI > Presse > Revue de presse > 2002 > Finances publiques |
L’invité de l'Agefi, mercredi 25 septembre 2002
Dans le cadre de la préparation du budget 2003, le Conseil fédéral vient de présenter les derniers chiffres clés projetant l’évolution des dépenses pour ces prochaines années. C’est quasiment devenu une tradition, il faut une fois de plus s’attendre à une augmentation excessive des dépenses et des recettes. Le Conseil fédéral prévoit ainsi jusqu’en 2006 une croissance de ces deux paramètres oscillant entre 4 et 5% par an! Un rythme nettement supérieur à celui de la croissance économique que l’on peut raisonnablement envisager d’ici là. En plus, à cela s’ajoute la réapparition de déficits dès 2004.
C’est donc faire comme si rien n’avait changé dans notre chère Helvétie. Et pourtant. Le récent rapport du Conseil fédéral sur la croissance est de nature à nous faire perdre nos toutes dernières illusions: économiquement, en comparaison internationale, la Suisse est bel et bien «tombée dans la moyenne».
Si tous les indicateurs ne sont pas mauvais, certes, certains constats sont tout de même troublants. D’abord, malgré un taux de chômage relativement faible et un nombre élevé d’heures travaillées, la Suisse connaît une productivité du travail médiocre. C’est dire que nous ne travaillons pas de manière suffisamment efficace et que d’autres pays ont trouvé les moyens de mieux organiser la production de biens et de services. En matière de formation ensuite, les déficits sont également visibles. Au regard de la durée de scolarisation, par exemple, la Suisse est mal placée. A quoi s’ajoutent les enseignements de la fameuse étude PISA, qui a révélé chez les jeunes Helvètes de quinze ans des lacunes criantes en lecture et en sciences humaines. Autre élément paralysant, la quote-part fiscale ne cesse de s’accroître.
Depuis 1990, alors que l’économie faisait du surplace, l’Etat et les assurances sociales ont connu une croissance sans précédent en Suisse. Cela s’est traduit par une forte augmentation des dépenses publiques et de l’endettement. De tous les Etats de l’OCDE, la Suisse est l’un de ceux où la place de l’Etat a le plus augmenté ces dix dernières années. Les causes principales en sont le développement des activités étatiques et le ralentissement économique des années 1990.
Une telle augmentation ne peut pas continuer au rythme actuel, car la hausse des prélèvements fiscaux et sociaux qu’elle implique porte atteinte à la compétitivité de la Suisse. Des dépenses en hausse ne sont d’ailleurs pas synonymes de meilleures prestations. L’exemple de l’école est frappant à cet égard, comme nous l’avons vu plus haut. Pour qu’il continue de jouer un rôle favorable à la croissance économique, qu’il mise davantage sur la qualité plutôt que sur la quantité, l’Etat doit diminuer son appétit et utiliser plus efficacement les moyens que les citoyens et les entreprises mettent à sa disposition.
Il est donc grand temps que notre Etat se mette au régime. Pas en appliquant une cure de type hypocalorique qui consisterait à pratiquer des coupes linéaires dans le budget, mais en réfléchissant déjà au moyen de contenir cette obésité galopante.
Dans cet état d’esprit, les milieux économiques se sont penchés sur le dossier du patient. En avril 2000, economiesuisse présentait son «Concept fiscal», qui préconisait la baisse de la fiscalité impliquant une maîtrise des finances publiques. Avec son «Concept des dépenses», economiesuisse souhaite aujourd’hui apporter une contribution constructive au nécessaire débat sur la diminution de la quote-part de l’Etat, en proposant des moyens propres à contenir l’augmentation des dépenses publiques. Il présente une analyse globale des dépenses de la Confédération, des cantons, des communes et des assurances sociales.
Cette vue d’ensemble est nécessaire pour mieux concilier la politique financière et la politique de chacun des groupes de tâches, sans risquer d’effectuer de simples transferts de charges d’une collectivité à l’autre. Un catalogue d’environ 130 propositions concrètes est formulé dans tous les domaines d’activité de l’Etat. Certaines de ces propositions sont d’ailleurs déjà examinées par le Parlement. Les constats sont là. Les pistes à explorer, la liste des moyens à mettre en œuvre aussi. Reste le plus difficile: sensibiliser les milieux politiques, leur faire prendre conscience de l’urgence de la situation, afin qu’ils puissent adopter, sans tarder, les mesures qui s’imposent. Car finalement, il reviendra aux politiciens et aux citoyens de choisir la direction dans laquelle aller, selon les voies démocratiques, mais en toute connaissance de cause.
Régis Joly, Sous-directeur CVCI