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L’invité de l'Agefi, lundi 15 octobre 2001
Souvenez-vous, il y a un an à peine, peuple et cantons rejetaient clairement trois projets de taxes qui visaient toutes à imposer l’essence, le diesel, le mazout et le gaz. Tenant sans doute ce net refus pour négligeable, le Parti écologiste suisse revient une nouvelle fois à la charge avec une initiative qui s’en prend non seulement à ces même sources d’énergie, mais également à l’électricité d’origine hydraulique produite par des centrales d’une puissance supérieure à un mégawatt. Le but de ce nouvel impôt: assurer le financement partiel ou total des assurances sociales, en particulier l’abaissement de l’âge de la retraite. C’est un des objets sur lesquels nous voterons le 2 décembre prochain. Depuis le dépôt de cette initiative en 1996, bien de l’eau est passée sous les ponts. Et outre, le fait qu’elle tient certainement plus de l’entêtement que d’une saine vision politique, cette énième proposition de taxe sur l’énergie constitue un singulier autogoal dans la mesure où elle s’en prend cette fois à l’une des rares énergies renouvelables dont notre pays dispose en abondance: l’électricité d’origine hydraulique. En effet, l’eau de nos barrages fournit environ 60% de la totalité de l’électricité produite en Suisse. Les autres énergies renouvelables, comme la force éolienne ou l’électricité solaire (photovoltaïque), ne couvrent, quant à elles, qu’une part infime de nos besoins d’électricité. Les quelque 40% restants sont assurés par les cinq centrales nucléaires en activité. Dès lors, comment s’expliquer pourquoi les écologistes s’attaquent cette fois à l’hydroélectricité, du moment que celle-ci est l’une des très rares sources d’énergie entièrement suisses, qu’elle est par excellence une énergie renouvelable, qu’elle ne produit pas de CO2, qu’elle est très demandée au plan international et, enfin, qu’elle fournit de nombreux emplois dans les régions périphériques et alpines. A ce stade, il est clair qu’il ne faut plus parler seulement d’acharnement fiscal, mais bien d’aveuglement politique! Rappelons que, hormis l’hydroélectricité, la Suisse ne dispose que de très maigres réserves d’énergie indigène. Nous sommes donc tributaires des importations pour les quatre cinquièmes de nos besoins. Nous importons principalement du pétrole (carburants et combustible), du gaz naturel et du combustible nucléaire. Il faut savoir qu’au cours de ces vingt dernières années, la part du pétrole dans la consommation totale d’énergie en Suisse a constamment diminué (passant de 80% au début des années septante à quelque 60% aujourd’hui). Ce recul du pétrole a surtout profité au gaz et à l’hydroélectricité. L’impôt sur l’énergie réclamé par les auteurs de l’initiative donnerait donc ainsi un coup d’arrêt à un processus de substitution écologiquement intéressant. De surcroît, taxer la force hydraulique sur un marché ouvert, tel le nôtre, est une mesure économiquement absurde et écologiquement contre-performante. Cela revient en effet à renchérir artificiellement un agent énergétique extrêmement concurrentiel sur les marchés internationaux de l’énergie. Enfin, porter atteinte à la compétitivité de cette énergie nuirait tout particulièrement aux régions périphériques et de montagne. Et enfin, si l’intention, louable en soi, d’économiser l’énergie était atteinte, un tel impôt n’assurerait pas un financement durable de l’AVS. En Suisse, le total des salaires atteint 237 milliards de francs et la somme des coûts de l’énergie 21 milliards. Pour abaisser les cotisations salariales de un pour cent, il faudrait donc relever le prix de l’énergie de quelque 10%! En supposant que la consommation d’énergie baisse (but induit de l’introduction d’une telle taxe), cet argent manquera ensuite… dans la caisse de l’AVS. Le financement de l’AVS exige des solutions réalistes et durables. L’imposition de l’énergie n’en est certainement pas une et le lien AVS – emploi – énergie paraît plutôt malheureux. En conclusion, taxer une énergie aussi écologique que l’électricité d’origine hydraulique est une aberration. Pour ce motif, ainsi que les autres développés ici, il conviendra de refuser sèchement l’initiative «Pour garantir l’AVS – taxer l’énergie» le 2 décembre prochain.
Régis Joly, Sous-directeur CVCI