L’invité de l'Agefi, mardi 22 mai 2001
Le 10 juin prochain, le peuple vaudois sera amener à se prononcer sur deux référendums concernant le regroupement de l’Ecole romande de pharmacie à Genève. Le premier est un référendum financier obligatoire qui porte sur les 4,6 millions par année que devra verser l’Etat de Vaud à celui de Genève pour la prise en charge partielle des frais de fonctionnement de l’Ecole de pharmacie. Le deuxième référendum est le fait d’une coalition contre nature entre la Société vaudoise de pharmacie, certains écologistes et la Ligue vaudoise. Ces derniers mènent ainsi un combat corporatiste et d’arrière-garde. Ils donnent du projet une vision trop partielle qui masque les enjeux réels et couvre des motivations étriquées. Il faut en être conscient, les enjeux de cette votation sont tout autres que le maintien de quelques dizaines d’étudiants en pharmacie à Lausanne. Les Vaudois devront décider, le 10 juin, s’ils entendent, oui ou non, saisir une opportunité unique pour leur canton. Une opportunité unique de renforcer l’enseignement en regroupant les compétences et en augmentant les moyens à disposition, une opportunité unique de développer à Lausanne un secteur de recherche et d’enseignement lié à une discipline d’avenir et d’asseoir ainsi la place universitaire vaudoise sur le plan international et finalement une opportunité unique de croissance économique pour tout le bassin lémanique. Il est, en effet, évident que si les Vaudois refusent que la pharmacie quitte l’Université de Lausanne pour celle de Genève, c’est l’ensemble du projet Sciences, vie, société, développé par les Universités de Lausanne et Genève, ainsi que l’EPFL, aussi appelé communément Projet triangulaire qui devra être renégocié. Un refus empêcherait, faute de locaux, la création à Lausanne d’un pôle de compétences en génomique fonctionnelle. Il n’est pas lieu ici d’alimenter le débat sur le sort des fonds promis par la Confédération pour la réalisation du projet en cas de refus. On peut toutefois rappeler aux opposants que le budget des écoles polytechniques fait l’objet dans tous les cas d’un vote de l’Assemblée fédérale. Il est probable que si le non l’emporte le 10 juin, certains parlementaires alémaniques pourraient ne pas comprendre pourquoi les Vaudois refusent de payer 4,6 millions pour en recevoir 50 et être tentés alors, de se tourner vers des cieux (zurichois?) plus cléments. L’arc lémanique se trouve actuellement très bien placé dans les différents classements européens et internationaux concernant la qualité de ses hautes écoles. Cependant pour conserver cette position, il est nécessaire d’intensifier la collaboration entre ces différentes écoles. Cette collaboration est indispensable pour maintenir et développer un niveau d’excellence que ces mêmes écoles ne peuvent plus conserver isolément. A l’heure ou les plus prestigieuses universités de la planète font le forcing dans le domaine de la génétique, refuser le déménagement de quelques dizaines de kilomètres de l’Ecole romande de pharmacie, c’est galvauder la possibilité de positionner les hautes écoles lausannoises en leader dans cette compétition mondiale. Le canton de Vaud ne peut pas se permettre de laisser ce projet se faire ailleurs en Suisse ou en Europe. Il est important de ne pas réitérer avec les sciences de la vie, l’erreur commise par la Suisse dans les années 70 avec l’informatique, faute d’avoir cru au potentiel de cette discipline. Le bassin lémanique se doit de faire le pari de la génétique. La «route 128» à Boston, la «Silicon Valley» en Californie ou le «Kista Science Park» à Stockholm démontrent à quel point la présence de pôles de compétences universitaires forts est capital pour la localisation d’entreprises de hautes technologies. La région lémanique peut, à condition de s’en donner les moyens, devenir l’équivalent des exemples cités plus hauts dans le domaine biomédical, à condition de voter clairement en faveur de l’intérêt général, en faveur de l’avenir, le 10 juin prochain.
Régis Joly, Sous-directeur CVCI