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L’invité de l'Agefi, lundi 26 mars 2001
«On a un bien joli canton» se plaisait à dire Gilles; ainsi qu’un plan directeur cantonal pour le préserver, pourrait-on y ajouter. L’adoption de ce plan date de 1987 et la loi fédérale sur l’aménagement du territoire nous oblige à le réviser. Lors de la présentation d’un premier rapport du Conseil d’Etat en septembre 1999, une large majorité du Grand Conseil a refusé d’entrer en matière sur la proposition de démarche et sur les crédits désirés. En sus d’une réelle incompréhension sur l’utilité de la démarche et d’un coût jugé excessif, le Grand Conseil a d’abord souhaité obtenir une évaluation du plan directeur cantonal en vigueur et a exigé une véritable participation des autorités locales à l’exercice. Suite à cet échec, le Conseil d’Etat décida de diviser la révision en deux étapes, calquées sur les législatures actuelle et à venir, et de pratiquer une concertation et une communication exemplaires. Durant la fin de la présente législature 1998-2002, il fut donc prévu d’établir une évaluation complète du plan directeur cantonal de 1987 et de définir le développement souhaité du canton. Cette première étape devrait se terminer dans la deuxième moitié de cette année par la présentation d’un rapport au Grand Conseil sur un projet de «lignes directrices pour une politique cohérente d’aménagement du territoire vaudois». Ensuite, un fois celles-ci approuvées, le travail de révision pourra effectivement démarrer avec la définition des mesures à prendre, la réponse aux questions retenues par les lignes directrices, l’adaptation de l’ensemble des outils d’aménagement et la mise en œuvre d’un observatoire du territoire. Cette deuxième étape devra se dérouler durant la législature 2002-2006. La concertation lancée par le Conseil d’Etat fut effectivement exemplaire: une succession de forums «régionaux» et «thématiques», regroupant plus de 700 personnes durant une demi-journée ou une journée entière furent organisés dans les différentes régions du canton. Tout ça pour aboutir à des conclusions très limpides: le plan directeur de 1987 n’avait pas été utilisé, car rapidement dépassé par les changements économiques des années nonante. Il avait ainsi suffi d’un retournement conjoncturel pour rendre totalement inapplicable un document de référence qui avait demandé près de dix années de travail! Pour l’avenir, il était dès lors souhaité que le futur plan ne définisse que les grandes orientations de l’aménagement cantonal, qu’il soit en outre souple, de manière à pouvoir s’adapter aux inévitables changements de conjonctures et de structures, notamment économiques. De ces innombrables séances ressortirent également une première série de «propositions d’organisation territoriale» (lignes directrices?). Il faut toutefois bien reconnaître qu’un immense sentiment d’exercice alibi semblait régner dans ces forums. Cette méfiance était encore accentuée par l’utilisation d’un vocabulaire de spécialistes ne permettant pas une réelle appréciation des propositions faites. En outre, chacun se rendait bien compte que, en dépit de leur apparente banalité, ces propositions conduiraient à des études longues et coûteuses, suivies de débats interminables, avant d’aboutir à des mesures encore plus contraignantes. Au niveau des propositions, il faut surtout relever l’absence totale de référence au coût d’élaboration ou de mise en place de ces mesures. Constatant dès lors qu’il est impensable de discuter sereinement de lignes directrices sans connaître les mesures concrètes qui pourraient en découler et de leurs coûts, les organisations économique de notre canton ont proposé au Conseil d’Etat de renoncer aux deux étapes. Ce d’autant que, au vu du caractère obligatoire de la démarche, il serait aussi judicieux d’en profiter pour examiner certains problèmes de fonds comme l’évolution de la croissance démographique, la gestion du trafic privé et public qu’elle va inévitablement générer et, entre autres, le fait que le territoire n’est pas qu’un immense paysage. Toutes ces réflexions méritent des réponses adéquates. L’exercice a commencé sur des objectifs trop ambitieux qui méritent aujourd’hui d’être recadrés. Car l’exercice n’est pas seulement obligatoire, mais aussi sage et sensé: gouverner, c’est prévoir.
Régis Joly, Sous-directeur CVCI