L’invité de l'Agefi, jeudi 6 juillet 2000
Depuis le lancement du projet cantonal des «Pôles de développement économique», la position de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) a toujours été la même. L’objectif de la démarche est jugé positivement, car il correspond à une demande faite par les milieux économiques vaudois en 1993 déjà. La Chambre regrette, en revanche, toujours l’accent trop important mis sur l’urbanisme au détriment de la promotion économique. Pour bien comprendre la démarche des pôles de développement, il faut se remémorer le climat du début des années nonante. Les entreprises se plaignent de la lenteur des procédures en matière d’autorisations de construire. La croissance est en chute libre et chacun cherche des pistes pour relancer la machine. En avril 1993, la CVCI publie son «Rapport sur la revitalisation de la place économique vaudoise» et y demande notamment un exercice plus facile de l’activité économique. En septembre 1993, le Conseil d’Etat publie son rapport sur la situation économique, dans lequel il propose de faciliter l’implantation des entreprises en déterminant des pôles d’activités facilitant les démarches. En mars 1994, le Comité cantonal des pôles de développement est créé. Des mandats multiples sont confiés, d’une part, à des urbanistes pour faire l’état de la situation, définir les pôles et évaluer les travaux d’affectation et d’équipement nécessaire pour rendre les terrains disponibles, d’autre part, à des économistes ou des fonctionnaires pour évaluer les problèmes administratifs, financiers et fiscaux liés à l’implantation et au développement des entreprises. Tous ces travaux débouchent en 1996 sur une demande de crédit de 105 millions pour la mise en valeur des pôles. La décision du Grand Conseil n’a pas été facile et, au vote final le 11 décembre 1996, les députés vaudois ont exigé la présentation d’un rapport intermédiaire du Conseil d’Etat «lorsque le solde débiteur atteindra 50 millions, ou au plus tard après trois ans»; ce rapport devant permettre au Grand Conseil de se «prononcer sur l’opportunité de poursuivre le projet et d’engager le solde du montant». Conformément à ce décret, le Conseil d’Etat vaudois a confié l’année dernière à la société EVALUANDA le soin de faire la première évaluation du projet cantonal des pôles de développement. Ce rapport suscite toutefois les remarques suivantes. Réservé actuellement aux seuls terrains, le concept des pôles doit être étendu aux surfaces inoccupées artisanales et aux friches industrielles. En effet, les nouvelles entreprises n’ont souvent ni les moyens, ni l’envie de construire des bâtiments; elles cherchent en revanche régulièrement des locaux à moindres coûts. La réactualisation du classement des sites paraît, elle aussi, souhaitable: sept ans après les premiers travaux, il importe de revoir ce classement pour se concentrer sur les sites qui disposent du potentiel principal. Réalité seulement depuis le départ de Mme Wenger, la direction bicéphale («Aménagement du territoire» et «Economie») n’est pas judicieuse. Ce projet a une finalité économique, à savoir faciliter l’implantation et le développement d’activités économiques; il est donc indispensable pour le Conseil d’Etat de donner un signal politique clair au Grand Conseil en redonnant la primauté à l’économie sur ce dossier. En revanche, l’idée émise de développer des indicateurs pour le développement durable dans le cadre de ce projet n’est pas acceptable. Il est indispensable de réorienter le concept des pôles en faveur de l’économie avant de lancer de vastes réflexions sur le développement durable. En dépit des lenteurs observées, la CVCI juge la politique des pôles pertinente du point de vue des objectifs et cohérente dans ses axes d’intervention. Il faut maintenant passer la vitesse supérieure et valoriser l’acquis de ces dernières années pour aboutir enfin à des résultats concrets. Pour les atteindre, le canton doit passer d’une politique incitative et partenariale à une politique volontariste. Cette démarche doit ainsi être beaucoup plus proactive que par le passé. Lorsque l’intérêt du canton est en jeu, il faut aussi savoir dépasser les critères et les axes stratégiques du passé. La CVCI est prête à y participer.
Régis Joly, Sous-directeur CVCI