L’invité de l'Agefi, vendredi 28 avril 2000
Chacun le sait, les prix de gros ou les rabais substantiels ne sont, par définition, offerts par les fournisseurs de prestations et services qu’à leurs gros clients. De fait, cela exclut le plus souvent la majorité des entreprises qui composent notre tissus économique, à savoir les PME qui, par essence, n’ont pas la taille suffisante pour pouvoir bénéficier de telles conditions. Fortes de ce constat, les Chambres de commerce suisses ont fait le projet d’y apporter une réponse à même de modifier cette donne. En effet, représentant plus de 15.000 entreprises, et plus d’un million d’emplois, en Suisse, elles ont décidé de mettre cette force d’achat au profit de leurs membres. Se basant sur un concept développé par leurs consœurs britanniques, les CCI suisses se sont regroupées pour former un des plus grand «pool» d’achat du pays, permettant ainsi à ces entreprises de réduire de façon sensible certaines de leurs charges. Cette démarche novatrice est amorcée par une première action dans le domaine des télécommunications. A l’automne dernier, elles ont donc lancé un appel d’offres pour la fourniture de téléphonie fixe, mobile, et de transfert de données, appel auquel quatorze entreprises, opérateurs et brokers ont répondu. Un groupe d’experts, désigné par les Chambres, a dépouillé ces offres, en s’appuyant sur une vingtaine de critères qualitatifs et quantitatifs et, après deux mois de négociations, un partenariat avec la société diAx a pu être trouvé: cette nouvelle prestation porte désormais le label «SWISSFIRMS Telecom». Ce partenariat apporte aux membres des Chambres de commerce de Suisse les avantages de la meilleure offre combinée actuelle du marché et ce de manière dynamique (les prix et les rabais n’étant pas fixes pour une certaine durée, mais évoluant en fonction du marché). Tout cela, indépendamment de la taille de l’entreprise et du volume de communications, puisque l’entreprise sera considérée comme faisant partie d’un holding : ce gros, ce très gros client n’est autre que le «pool» des Chambres de commerce et d’industrie suisses. Certains pourraient penser que les Chambres de commerce tentent, avec cette nouvelle prestation pro- posée à leurs membres, d’interférer dans les mécanismes du marché, alors même qu’elles se positionnent comme le porte-parole d’une économie libérale. Ils ont tord. Il faut avant tout se rappeler que 85% des membres des Chambres occupent moins de 50 personnes. Peut-on admettre sans autre que ces 13.000 entreprises membres peuvent obtenir des conditions «sur mesure» de leurs fournisseurs? De toute évidence, elles ne le peuvent pas, car elles sont trop petites! Le produit «SWISSFIRMS Telecom» invite simplement à faire profiter les entreprises du principe de l’économie d’échelle, principe qui est un des mécanismes de l’économie de marché. De plus, comme signalé précédemment, les Chambres ont proposé au marché, aux fournisseurs professionnels de télécommunications, d’admettre l’effet «réseau» (économie d’échelle) pour donner à chaque partie le bénéfice auquel seul le tout aurait droit. Ces derniers auraient pu ne pas réagir et opposer un silence total. Au lieu de cela, ils ont été quatorze, dont tous les grands opérateurs du pays, à soumettre librement des offres. Ces offres ont ensuite été évaluées par un groupe d’experts selon des critères clairs et objectifs. Il s’agit là encore de démarches transparentes, fidèles aux mécanismes de l’économie de marché. En outre, toujours selon les principes d’une économie libérale, aucun membre d’une Chambre n’est obligé à quoi que ce soit. SWISSFIRMS Telecom permet simplement à celui qui en a la curiosité de faire évaluer ses dépenses de communication et à celui qui le souhaite, et à lui seul, d’accéder aux économies qui ont été négociées pour lui. Nous sommes donc en pleine économie libérale! Il y a fort à parier que ce nouveau service mis sur pied par les CCI suisses rencontre un succès certain et qu’il préfigurera des relations à venir entres les entreprises et leur Chambre de commerce, relations qui pourraient être résumées par la formule «l’union fait la force». On peut même se prendre à rêver que, comme cela s’est produit en Grande-Bretagne avec le produit développé par la British Chamber of Commerce, les opérateurs obtiennent une meilleure pénétration du marché avec le label «Chambre de commerce» qu’avec leurs propres produits. On pourrait alors voir les opérateurs non retenus par les Chambres se plaindre d’abus de position dominante, tellement le produit aurait du succès auprès des clients. Mais il s’agit là d’une autre histoire…
Régis Joly, Sous-directeur CVCI